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Vers une civilisation de l’amour - A propos des élections


"Il faut, avant tout que le développement soit vrai et intégral."
Benoit XVI

Voici revenir le temps des grandes élections.
Dans quelques mois il ne sera plus possible à un homme d’Église de faire autre chose que d’appeler à voter.

Aujourd’hui je prends le risque d’appeler à réfléchir au contenu de notre futur vote… en relayant l’appel de Benoît XVI au « développement » intégral.

-  Oser penser à l’avenir.

Certains préconisent une décroissance, d’autres une croissance nulle. La pensée de l’Église a toujours été claire : l’humanité a besoin de se développer. Mais évidemment, elle ne peut pas se développer n’importe comment ni à n’importe quel prix.

Appeler au développement

Refuser la stagnation, voire le recul : depuis 30 ans l’Europe est la partie du monde où la croissance économique a été la plus faible. Il en est ainsi parce que nous n’avons pas su nous adapter à la mondialisation technologique, économique et politique. Tout se passe comme si les crises qui se sont succédées depuis celle de Cuba (crise nucléaire, crise du trou d’ozone, crise de l’énergie, crise sanitaire, crise financière, crise alimentaire, crise du Co2) nous amenaient à penser qu’il ne vaut plus la peine de se battre pour le futur. Enfouis dans le présent nous avons accumulé les dettes …comme si, au fond, nous disions « après nous le déluge », en rêvant d’arrêter le mouvement et en refusant la mondialisation. Les techniques modernes sont telles que cela est évidemment impossible, même s’il est nécessaire de réfléchir à se protéger des mauvais effets de la mondialisation.

-  Investir sur l’avenir.

Différencier les élections

Notre système politique a du mal à se désengluer de politiques à très court terme destinées à satisfaire les électeurs de la prochaine élection. A l’évidence le système nous porte collectivement à chercher à résoudre les problèmes immédiats, et donc à obérer l’avenir. Il nous faut souhaiter que les élections présidentielles soient dans notre esprit davantage celles du long terme et les élections législatives, celles des court et moyen termes.

Investir sur la formation et le développement de l’homme

Le développement ne peut pas avoir d’autres perspectives que celui du développement de l’homme tout entier. Celui-ci doit trouver dans une politique familiale audacieuse une base solide : cela nécessite de favoriser l’égalité salariale entre hommes et femmes, la multiplication des crèches… Mais aussi de porter une attention spécifique aux familles stables qui sont un véritable facteur de progrès pour le pays. L’éducation, l’instruction, la formation initiale et permanente doivent permettre à chacun d’évoluer dans un monde en perpétuel changement. Le financement de la formation doit être à la hauteur des ambitions de modernisation du pays. Une partie importante de ce qui est consacré à la formation professionnelle doit être gérée en faveur de ceux qui n’ont pas encore ou qui n’ont plus de travail. Il n’est pas raisonnable de subventionner les entreprises pour employer des personnes sans qualification alors que ces sommes pourraient servir à augmenter leurs capacités par des formations appropriées.

Oser miser sur les jeunes.

Les jeunes doivent faire l’objet d’une attention particulière. Notre pays a massivement favorisé les personnes âgées. Le souci des retraites et de la dépendance est évidemment louable, mais cela ne peut se traiter sans un souci équivalent pour le logement et le niveau de vie des jeunes.

Oser miser sur la banlieue

Le développement harmonieux du pays doit aussi reposer sur une réflexion nouvelle à propos de l’aménagement du territoire. Que Paris entre dans le réseau des villes qui entraînent le monde ne doit pas aboutir à la relégation des populations pauvres en banlieues ni à la désertification des provinces.

-  Reconstruire un outil de production.

Le développement suppose d’investir massivement dans la reconstruction d’un outil de production moderne et adapté alors que les faibles taux de croissance depuis 30 ans et la nécessité où l’on se croyait être de soutenir la consommation ont freiné les investissements nécessaires pour supporter la compétition mondiale : il est évident qu’une main d’œuvre non qualifiée, avec un outil de production suranné peuvent sembler être des moyens de survivre, mais en fait, ne font que retarder l’échéance de la non-compétitivité économique.

_ Etre ouvert au vert.
Le développement enfin, nécessite de prendre la mesure des défis écologiques et invite à avancer résolument vers une économie davantage soucieuse du respect des grands équilibres climatiques.

-  Le rôle de la France.

Il est clair que ni la France, ni même l’Europe ne sont à même d’imposer au monde de quitter la mondialisation, mais dans l’Europe, la France peut aider à réguler une mondialisation soucieuse de l’homme. Nous ne pouvons pas envisager les élections à venir comme si nous étions seuls au monde et notre tradition nous pousse, pour être nous-mêmes, à avoir le souci de la sécurité et du développement des autres nations.

A vrai dire, notre pays à traversé bien des défis que nos pères, notamment après la dernière guerre ont su relever : C’est à notre tour.

Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry – Corbeil-Essonnes
Le 27 juin 2011

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