Béthanie.
Lieu de vie et de Résurrection.
Lieu de calme… de cyprès, de géraniums
Et de bougainvillées.
Lieu d’odeur de printemps
Et de silence.
Béthanie.
Le couvent des Sœurs comboniennes
Ecole de spiritualité,
Et, minuscule, un jardin d’enfants
Dont les cris chantent le bonheur de l’existence.
Béthanie,
Le couvent est entouré par le Mur.
Le jardin est divisé.
Certes, pour les enfants, de ce côté-ci,
Le Mur a été peint de dessins charmants
C’est presque gai… sauf les barbelés !
Béthanie,
Que font les policiers ?
Les enfants sont en rang, prêts…
Nous les amusons en faisant « bye, bye »
Avec de grands gestes… depuis plus d’un quart d’heure.
Mais il est midi et les policiers ne sont pas là.
Les voici :
Deux jeunes, sympathiques,
Qui, eux aussi, font « bye, bye » avec la main.
Ils sortent de leur voiture blindée,
Vont ouvrir dans le Mur une fenêtre
Bleue.
C’est un passage !
De l’autre côté, les parents attendent
Un par un, les enfants passent
Petit sac à dos, nounours,
Ils sont happés par l’extérieur.
Les policiers referment soigneusement le cadenas,
Et repartent dans un nuage de poussière.
Béthanie,
De quoi demain sera-t-il fait ?
Il est possible que la fenêtre bleue soit fermée
Les enfants grandiront, séparés, ignorés…
Et ne restera que la poussière du blindé
Qui n’arrivera pas à retomber…
Deux adolescents, de ce côté-ci
Tapent dans une balle pour passer le temps
Et probablement pour faire leur éducation politique.
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 21 janvier 2010
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Au cours de ce voyage en Terre Sainte, Monseigneur Dubost a écrit 16 cartes postales, que vous pouvez lire en téléchargeant le document.
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Les évêques de la Coordination des Conférences épiscopales pour la Terre Sainte se réunissent chaque année avec l’assemblée des ordinaires catholiques de Terre Sainte pour une session de trois jours, précédée par des visites dans les communautés chrétiennes.
Chaque année, nous publions un communiqué qui, évidemment, ne peut pas rendre compte de l’ensemble des rencontres et des découvertes.
Qu’on en juge !
Nous avons célébré entre nous, puis avec les Melkites, le Maronites, les Latins de Naplouse et de Ramallah… puis avec la communauté matinale du Saint Sépulcre.
Nous avons rencontré des étudiants de l’université de Bethléem et des séminaristes de Beit Jala… et bien des jeunes –et moins jeunes- dans les communautés locales.
Nous avons entendu le Nonce – et l’évêque de Nazareth – parler des pourparlers entre le Vatican et l’Etat d’Israël.
Des représentants d’associations caritatives implantées à Jérusalem (Caritas Israël, C.E.F. – Christian ecumenical foundation –, Mission Pontificale pour la Palestine, Société Saint-Vincent-de-Paul, Société Saint-Yves – société de juristes chrétiens –, Catholic relief service – lié aux Américains –, le Secrétariat pour la solidarité – et j’en passe probablement –) nous ont exposé leurs projets et leurs difficultés.
Nous avons entendu des exposés sur la politique gouvernementale pour faire de Jérusalem une ville uniquement juive (exposé fait par un chercheur israélite juif) et sur l’obtention des « green cards » pour les guides des pèlerinages.
Nous avons visité un chantier de construction d’appartements à Jérusalem Est.
Nous avons participé aux voeux de toutes les Eglises chrétiennes au Patriarche orthodoxe et, à cette occasion, nous avons pu longuement parler à des responsables des communautés chrétiennes.
J’au eu la chance d’aller à Birzeit pour parler avec mon ami, l’ancien curé de Gaza… de dîner à l’école biblique de Jérusalem et de recevoir des jeunes cherchant à fonder une maison des artistes (palestiniens et israéliens) à Jérusalem. J’ai pu aussi participer à l’audience accordée à certains d’entre nous par le Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Monsieur Danny Ayalon.
Participant à l’ensemble de notre réunion, le Patriarche nous a donné son avis sur la situation en général, mais aussi a tenu à prendre le temps de nous expliquer les retombées de la visite du Pape… Il nous a aussi commenté un récent document (Kairos), écrit par les Palestiniens de Cisjordanie, document qui, visiblement, a un certain succès.
Que retenir ?
A l’évidence, la situation est toujours aussi complexe et il est difficile de savoir si elle progresse ou si elle empire.
Clairement, la liberté de circulation est un peu plus grande, et les check points un peu moins nombreux.
Mais on se prend à se réjouir de détails (420 permissions temporaires de sortir de Gaza ont été données au moment de Noël), en ne soulignant pas l’absurdité de la situation : 1 500 000 personnes sont prisonnières, nourries, mais sans aucun matériel pour travailler, réparer… car le blocus est total.
La situation économique de la région de Ramallah semble s’améliorer (un peu).
Mais les Palestiniens sont maintenant physiquement séparés en cinq catégories (habitants de le Cisjordanie, habitants d’Israël, habitants de Jérusalem, habitants de Gaza, diaspora), qui n’ont pas les mêmes droits… et donc les mêmes discours.
A l’évidence, Jérusalem devient une ville moderne (le chantier du tram-métro), avance, et personne ne peut souhaiter qu’elle demeure une ville du XIXème siècle.
Mais toute la modernisation se fait au détriment des arabes, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Et l’on sent le gouvernement israélien prêt à faire de Jérusalem un Disneyland religieux plutôt que de préserver des lieux propices au pèlerinage ou à la prière. Petit à petit, les catholiques, en particulier, quittent la vieille ville pour aller à Bethanina.
Les juifs parlent de « sécurité » et les palestiniens « d’occupation » et la communication semble bloquée… Il n’y a pas de confiance.
Une chose est certaine : les communautés catholiques se sentent souvent abandonnées… et la rencontre des pèlerins est précieuse et leur redonne de l’espoir : très sensibles, elles se sentent humiliées quand les pèlerins ne prennent pas le temps de les rencontrer, ni de rencontrer les multiples associations qu’elles créent pour s’entraider. Elles pensent que la majorité des catholiques d’occident n’imaginent pas que l’on puisse être arabe et chrétien.
Les catholiques palestiniens, minorité par les communautés chrétiennes, elle-même minoritaire parmi les arabes, eux même minoritaires en Israël, n’a pas d’espoir. Mais elle n’est pas sans espérance… Les années passées, nous avons beaucoup entendu : « Aux chrétiens de lancer un pont entre les musulmans et les juifs. ». Je n’ai pas entendu ce discours cette année… Par contre, beaucoup nous ont dit : « Soyez pro-israéliens et pro-palestiniens : nous ne pouvons nous en sortir qu’ensemble… Dites à vos amis l’injustice dans laquelle nous vivons, mais aussi notre volonté de non-violence et de témoigner du Christ ressuscité. Nous n’avons pas d’espoir, mais nous avons l’espérance ! ».
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 15 janvier 2010