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Accueil > Actualité, agenda, événements > Archives, documents, reportages > Pour aller plus loin, écrits de Mgr Dubost > La maison d’Abraham

La maison d’Abraham

Depuis son origine, la Maison d’Abraham, située dans un quartier palestinien pauvre, accueille les pèlerins les plus démunis, qui peuvent ainsi vivre un temps de rencontre et de spiritualité. Fondée en 1964 dans un ancien monastère bénédictin par Mgr Rodhain, président du Secours Catholique, à la demande du pape Paul VI, la Maison d’Abraham a toujours constitué un lieu de recueillement et de paix. Intégrée à la vie des habitants, notamment par son dispensaire qui assure soins, consultations et prévention sanitaire aux communautés juives, chrétiennes et musulmanes, la Maison d’Abraham témoigne de la présence de l’Église dans cette zone tourmentée.
Le 10 octobre 2010, une célébration marquait le 46ème anniversaire de cette maison, présidée par Mgr Dubost.

MgrDubostFrères et Sœurs,

Il est bon d’être ensemble en ce lieu.
Il nous rappelle notre identité commune.
Ensemble, nous sommes « la maison d’Abraham »,
sa descendance.
Lui, le père des croyants.
Lui, l’homme de paix qui résout les conflits par la négociation.
(Il sait partager le territoire avec Loth
et vivre en paix au milieu des nations).
Lui, le père d’Ismaël et d’Isaac,
lui, dont Matthieu proclame qu’il est le père de Jésus,
cette maison nous presse de le reconnaître comme notre père.

Comment vivre cet appel ?

Tout d’abord, en étant de véritables pèlerins.
Notre père était un Araméen errant.
De déplacement en déplacement, il cherchait.
Savait-il ce qu’il cherchait ?
Apparemment, des herbages pour ses troupeaux,
mais évidemment bien plus.
Il avait reçu une promesse. Il faisait confiance,
et cela le faisait avancer.

Parcourir la terre qui lui était promise
était un signe pour nous.
Un pèlerinage extérieur devrait être un signe,
une manière de faire un pèlerinage intérieur,
d’aller vers soi pour aller vers Dieu.
Certes, il était essentiel –existentiel– de marcher sur cette terre
mais, plus il marchait, plus il devait découvrir
qu’il était un étranger, citoyen d’une autre patrie.

Abraham est l’homme de l’attente passionnée et possible
d’une Jérusalem céleste,
pensée, fondée, construite par Dieu lui-même.
Abraham est l’homme de l’attente du jour de Dieu
le jour de la Bonne Nouvelle reçue par les pauvres.

Au cœur de Jérusalem, être fils d’Abraham
nous fait penser, doit nous faire penser, aux enfants :
il est impossible de penser à Abraham
sans penser à son fils Isaac.
Et à ce qu’on appelle son sacrifice.
Comme beaucoup, j’imagine qu’Abraham, dans sa foi profonde,
à pensé –a cru entendre- que Dieu lui demandait son fils.
Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas tué Isaac
et sa foi s’est ouverte à un Dieu de vie
qui aime la vie de tous ses enfants. Qui les protège.
Aucune raison –même la plus noble- ne justifie le sacrifice d’un homme.

Etre fils d’Abraham, être de sa maison, engage.
Certes, il nous faut, comme il l’a découvert,
protéger la vie de chacun…
Mais faut-il aussi nous faire respecter l’enfant qui est en nous.
Ne pas le tuer, sous aucun prétexte, même noble, même raisonnable.
Il y a en nous un enfant qui aime et fait confiance
un enfant spontané qui tend la main aux hommes
Et tend les mains vers Dieu.
Il peut sembler ne pas être sérieux dans notre monde de calcul
il est le meilleur de nous-mêmes…

Je sais qu’il est difficile, au milieu des conflits
d’entendre la voix de l’enfant qui est en nous…
Repensons en fils d’Abraham
à son regard sur le pays de Morriyya – est-ce le Mont Sion ?
A sa lente montée. A son conflit intérieur
et à sa certitude que « Dieu saura voir ».
Peut-on être de la Maison d’Abraham
sans regarder avec confiance vers le Mont Sion ?

Etre de la Maison d’Abraham, c’est comme lui, croire, espérer
Oser la confiance totale…
C’est, je crois aussi, savoir rire.
Je sais bien que Sara est celle qui rit.
Abraham n’est pas censé rire :
on n’imagine pas qu’un Patriarche puisse rire de la Parole de Dieu.
Alors, on dit qu’il se réjouit.
Cela fait plus sérieux.

Mais, au cœur de cette fête
il nous faut montrer notre appartenance
à la Maison d’Abraham, par le rire.
Le rire joyeux, le rire content !
Abraham était joyeux parce qu’en Isaac
il voyait déjà se profiler l’accomplissement de la Promesse,
il voyait déjà Jésus.

Il y a, dans le rire, comme une insurrection, un refus.
Il est facile, normal, obligatoire
de dénoncer les horreurs du temps présent.
De lutter contre elles.
Mais le rire dissipe les fausses raisons sérieuses,
souligne le ridicule des cruautés et des mesquineries
et annonce une fête de la tendresse et de l’amour.
Fête dont nous sommes certains.

A l’heure où les évêques du Moyen-Orient sont réunis en Synode pour renforcer et confirmer l’identité des chrétiens, pour vivre toujours davantage la communion entre les Eglises en cette Terre Sainte, la Maison d’Abraham est comme un mémorial de l’essentiel. Notre identité est fondée sur la confiance en un Dieu dont nous pensons qu’il aime tous les hommes. Elle ne peut s’affirmer en vérité qu’en osant gravir spirituellement les montagnes de nos difficultés, et en étant déjà joyeux, car, grâce à Jésus, nous sommes sûrs de la victoire de l’amitié. C’est notre esprit d’enfance qui nous le dit.

+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Terre Sainte
Le 9 octobre 2010

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D’où vient l’expression
"Ne plus savoir à quel Saint se vouer" ?
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