« Qu’ils se marient…. Et il n’y aura plus de problème ».
En ces temps de grand débat, l’argument revient souvent.
Il interroge.
Il serait facile de polémiquer :
La perversion n’atteint-elle que les célibataires ?
Les femmes ne sont-elles faites que pour assouvir les besoins sexuels des hommes ?
Il serait facile de poser quelques questions :
Qui paiera ce qu’il convient pour que les prêtres puissent subvenir à une famille ?
Le mariage met-il à l’abri des conflits, des ruptures, des solitudes ? etc….
Mais plus profondément c’est le célibat qui semble en cause.
Au temps de Jésus, un juif se devait d’être marié.
C’était un devoir. Comme dans la plupart des sociétés.
Le Christ a introduit la liberté. Le choix.
En fait, il met chacun devant un choix
Il s’entoure d’hommes et de femmes (et à son époque cela était inouï).
Il révolutionne la perception du mariage en le déclarant indissoluble
Et en mettant ainsi l’homme et la femme à égalité.
Vous voulez vous marier ? C’est pour toujours !
Grande nouveauté !
Mais il reste célibataire.
On le traite d’eunuque (comme le chapitre 19 de St Mathieu semble le montrer).
Ainsi pourtant il ouvre une porte : il offre le choix du célibat.
L’histoire du célibat est encore à écrire.
Il est probable que la situation et la signification du célibat changent suivant les cultures.
Autre est le célibat dans une société villageoise, autre est le célibat aujourd’hui,
Autre est le célibat dans une société qui méprise le corps,
Autre est le célibat dans une société qui pense à l’épanouissement de toute la personne,
Autre est le célibat pour ceux qui vivent une différence de nature entre l’amour charnel et l’amour spirituel,
Autre est le célibat pour ceux qui voient l’agapé se fonder sur l’éros !
Aujourd’hui, la moitié de la population française vit le célibat.
La moitié.
Mais il y a célibat et célibat.
Celui des enfants, des adolescents, des personnes âgées…
Celui des mères célibataires, celui des passionnés (par l’humanitaire, le travail, la vie artistique)
Celui de ceux et de celles qui attendent et ne trouvent pas….
Celui de ceux et celles qui le vivent dans l’apparence de la vie de couple.
Celui de ceux et celles qui ont été abandonnés. Divorcés.
Celui de veufs et veuves.
Celui choisi et celui subi.
Il serait intéressant d’étudier comment se vit le célibat.
Dans les quolibets qui fusent, l’angoisse de la solitude transparaît.
Et la question est pour tous :
Comment vivre dans un monde en mouvement ?
Comment être épanoui sans amitié et sans amour stable dans ce monde ou tout peut changer ?
C’est aujourd’hui que tous les célibataires doivent vivre
Et doivent trouver une raison de vivre.
Certes l’Eglise a raison de chanter la famille.
Et les médias de magnifier l’amour humain…
Mais les célibataires sont là.
Le prêtre en recevant le charisme du célibat
Est un signe de la vie donnée par Dieu.
Pas simplement une disponibilité.
Mais une force de vie qui est en Dieu.
Et qui dépasse tout ce qui est humain.
Là où il y a la mort, l’échec, la difficulté de vivre.
Le Christ ressuscité offre une nouvelle liberté,
Celle de vivre pleinement – d’aimer.
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 12 avril 2010