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Le luxe révoltant d’une poignée de privilégiés


MgrDubostTranquillement, nous nous acheminons vers le cinquantième anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II.

Il est difficile aujourd’hui de se souvenir de ce qui caractérisait l’époque… l’opposition Est-Ouest, communisme, « libéralisme », bond technologique marqué par le début de la conquête spatiale, accélération de l’urbanisation, début de la mondialisation actuelle, attentes très diverses à l’égard de l’Église…

Dans ce contexte, Jean XXIII a publié une encyclique, « Mater et Magistra » (signée le 15 mai 1961, elle fut rendue publique en juillet) qui fera date et annonce assez largement l’esprit de Vatican II.

Cette encyclique est une encyclique « sociale » et se situe explicitement dans le sillage de « Rerum Novarum » et de « Quadragesimo Anno » dont elle célèbre les 70 ème et 30 ème anniversaires.

Il s’agit clairement de s’adresser aux catholiques (l’encyclique ne s’adresse qu’à eux) et de les inviter à vivre l’Évangile dans leurs relations sociales.

L’urgence de cette demande est totalement actuelle.

Jean XXIII prend le temps de justifier sa parole : L’Église ne peut pas se laisser enfermer dans les sacristies et dans un monde traversé par des idéologies (à son époque, le marxisme et le libéralisme) ; elle doit inviter les catholiques à l’action réfléchie. L’Évangile donne des principes d’action… et il revient à l’Église, en fonction du moment, à voir comment ces principes peuvent être mis en œuvre.

Pour Jean XXIII, le principe des principes est le respect de l’homme ;
et ce principe a une application directe : « le travail, étant une expression de la personne humaine ne peut-être traité comme une marchandise » (18).

Certes, une partie de ce texte de Jean XXIII peut sembler d’un autre âge : un vent d’optimisme le parcourt tout entier comme si le vieux Jean XXIII regardait le monde en train de changer avec une confiance sereine tout en étant attentif à devancer certains abus.

Il a une véritable confiance dans la possibilité de maîtriser le développement humain.

A l’époque, beaucoup avaient ri de la naïveté de son analyse vis-à-vis du bloc communiste… mais l’histoire lui a donné raison et il est sans doute bon de se rappeler que le pire n’est pas toujours sûr et que le pessimisme ignore les grandes capacités de l’homme.

Cela dit, beaucoup de ses observations sont encore d’une grande actualité : je pense aux rapports entre pays développés avec les autres pays, à l’analyse de la répartition et de l’usage des pouvoirs dans la société et dans les entreprises : il est nécessaire qu’il y ait une direction – et celle de l’Etat est primordiale – mais il est nécessaire que soit appliqué partout le principe de subsidiarité afin que chaque homme, chaque femme puisse participer aux décisions qui le concernent.

L’anniversaire de cette encyclique risque d’être ignoré ; c’est dommage, ne serait-ce que parce que, dans cette année électorale, l’encyclique invite les chrétiens à ne pas relâcher leur activité dans les affaires « temporelles »…elle appelle à la justice et refuse que, « face à la misère externe, s’étalent au grand jour, insultant au sort des pauvres, le luxe et les dépenses somptuaires d’une poignée de privilégiés » (69)


Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry – Corbeil-Essonnes
Le 16 mai 2011

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