« J’ai honte pour mon Eglise »…
Le courriel est sévère. Presqu’injurieux.
Il est vrai que nous connaissons une crise forte
et qu’un monde ancien s’écroule.
Il est vrai que, dans l’Église, tout ne va pas au mieux
- ce n’est un secret pour personne-
l’Église est même un rassemblement de pécheurs.
Mais je n’arrive pas à avoir honte pour l’Église.
Mon correspondant m’a fait penser à relire la deuxième lettre à Timothée.
« C’est pourquoi je te rappelle d’avoir à raviver le don de Dieu qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains. Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi (on pourrait traduire « de sagesse »). N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur et n’aie pas honte de moi, prisonnier pour lui. » (2 Tm 1. 6-7).
Pourquoi Timothée pourrait-il avoir honte ? Et pourquoi devrions-nous avoir honte ?
Honte de notre faiblesse humaine ?
Mais c’est à cause de cette faiblesse que le Christ s’est incarné !
« Bienheureuse faute », chantons-nous dans la nuit pascale.
Si nous avons honte, c’est que nous nous pensons abandonnés de Dieu !
Nous rejoignons l’immense cohorte de ceux qui ne croient pas en sa miséricorde.
Honte du manque de pertinence de l’Évangile pour aujourd’hui ?
Ce manque de pertinence de l’Évangile est notoire devant l’économie, la technique, les médias.
Mais il était notoire aussi au temps du Christ…
Certes, il est bien d’aimer les personnes
et de chercher le meilleur de ce qui existe dans le monde.
Mais le Christ a marché fermement vers la mort en contradiction avec le monde.
Honte des autres chrétiens ? De l’Église ?
Honte parce que Paul a été enchaîné, ou que les médias se déchaînent ?
Honte du regard que la société porte sur nous ?
Il est certainement nécessaire de se regarder, de discerner, d’évoluer,
il est certainement nécessaire de faire la lumière, de pratiquer la justice.
Telle n’est pas la question.
Mais nous ne pouvons le faire qu’en essayant d’adopter le regard du Christ
et, à ses yeux, nous sommes membres les uns des autres
dans ce corps dont il est la tête.
Nous nous préparons pour actualiser en nous la Pentecôte :
nous sommes Temple de l’Esprit.
Et ce n’est pas un Esprit de peur, ni de honte que Dieu nous a donné,
mais un Esprit de force d’amour et de maîtrise de soi.
+ Mgr Michel Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes
Le 3 mai 2010