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Mgr Dubost en terre sainte


A l’initiative de la Coordination Terre Sainte 2007, des évêques européens, américains et canadiens étaient présents en Terre Sainte, du 12 au 18 janvier. Mgr Michel Dubost, évêque d’Evry, et Mgr Stanislas Lalanne, secrétaire général, représentaient la Conférence des évêques de France. Mgr Dubost nous propose de revivre son itinéraire au travers de sept "cartes postales"et de témoignages.

Israël, terre des promesses

- Communiqué de la Coordination des Conférences Épiscopales en Solidarité avec L’Église en Terre Sainte

Il existe une coordination de conférences épiscopales pour soutenir l’Eglise catholique en Terre sainte et particulièrement l’Assemblée des ordinaires catholiques. Cette coordination organise chaque année un voyage en Terre sainte et, cette année, avec Stanislas Lalanne, j’y ai représenté notre Conférence.

Il est évidemment hors de possibilité de pouvoir faire une synthèse après quelques jours de voyage, et cela d’autant plus que, pour le faire, il serait sans doute nécessaire de prendre conscience de ce que la shoah et la colonisation ont mis dans notre esprit, comme dans celui de nos interlocuteurs.

En guise de rapport, permettez-moi d’évoquer quelques cartes postales et de rappeler quelques phrases entendues.

Première carte postale

Samedi 13 janvier, 10h15. Le Nonce apostolique réclame une chaise pour son chauffeur et pour lui. Il s’installe ostensiblement devant les bureaux de la « douane » israélienne. Je n’ai jamais vu de check point aussi vaste, ni à Berlin, ni à Sarajevo, ni ailleurs. Au dessus, un dirigeable a lancé ses grandes antennes, autour – et l’extrémité est à plus de 250 mètres –, casemates, tours de guet, nombreuses chicanes et, sur le côté, le démarrage d’un grand corridor de béton.

Tout est désert. Nous présents, il n’y aura qu’une voiture à passer. Or c’est le seul point de passage vers Gaza.

Cela fait une heure et demie que sont arrêtées nos six voitures, toutes immatriculées Corps Diplomatique. Sourires, amabilités (j’ai même discuté une demi-heure avec le lieutenant : « Nous faisons tout pour le peuple palestinien. Il a le droit de vivre. Mais il y a un problème avec les dirigeants ». Là-bas, deux sentinelles, en tenue, veillent et, ici, deux civils, armés jusqu’aux dents.

Les Israéliens, qui, après cinq jours de tractations, avaient donné leur accord pour que les vingt-quatre passagers, dont douze évêques, puissent passer, refusent de laisser passer le chauffeur du Nonce.

Le Nonce décide de rester auprès de son chauffeur. Nos voitures le quittent. Au retour, nous attendrons encore plus longtemps à ce même check point et des chiens patrouilleront.

Deuxième carte postale

Une école à Gaza. Sous le préau, les « officiels » que nous sommes et les personnes qui sont venues en bus nous accueillir à la frontière, dont six cheiks.

Des jeunes (10-14 ans) font une démonstration de danses folkloriques devant 600 élèves. Au fond, des adolescents nous regardent avec un air distancié. Au milieu de l’ensemble, un prêtre, le prêtre de Gaza, le Père Manuel Musallam, le « prêtre du million » car il est connu pour être le prêtre à la fois des 1,4 million de musulmans et des 200 catholiques de rite latin (il existe 3000 orthodoxes à Gaza, mais il n’y en a aucun de visible sur la carte postale !). Le Père Manuel est fort, boite bas et lève haut la canne. Son école est l’une de ses trois écoles catholiques de Gaza (les seules écoles mixtes de Gaza), qui, avec des sœurs du Rosaire, accueillent 1300 élèves.

Derrière nous, veille un portrait d’Arafat. Normal, c’est lui qui a donné le terrain…

Troisième carte postale

Nous sommes à table (environ soixante-dix personnes). Président un évêque américain et un évêque anglais, flanqués du maire et du gouverneur de Gaza. Juste à côté d’eux, se trouve l’ambassadeur d’Egypte dont on a pu penser un moment qu’il présidait à notre accueil ! Derrière lui, sur le mur, une affiche représentant un Père Noël à ski. Ferrat Abbas sourit pas très loin de lui. Un peu plus loin, se trouvent des jouets, puis un alignement de produits que l’on trouve habituellement dans une épicerie (lessive, boissons, etc.).

Autant qu’on puisse en juger, toute la nourriture – bonne – vient d’Israël : vin, yaourts, eau. Quelques discours : « Nous avons souffert avec les musulmans, jamais par les musulmans »… Mon cheik voisin semble approuver. « Nous n’avons rien contre les Israéliens, ils ont droit à la paix, mais nous sommes contre leurs gouvernants ».

Quatrième carte postale

Mgr Kelly, l’archevêque de Liverpool, enlève ses chaussures. Nous visitons la grande mosquée Al Omari au centre de Gaza. C’est une magnifique église du XIIe et du XIIIe siècle, transformée en mosquée. Elle est en réfection. Elle se trouve à l’entrée du souk et à quelques mètres d’une artère commerçante. Pendant la visite, je me tiens là, pour voir… Les boutiques semblent achalandées, les bijoux des joaillers du souk semblent superbes, les épices de la première boutique exhalent des parfums enivrants. En un quart d’heure, je n’ai vu personne acheter quelque chose, si ce n’est une femme qui faisait réparer le talon de sa chaussure. Pour autant, les personnes étaient bien habillées et, ici comme ailleurs, il y a beaucoup de belles maisons dont l’architecture est discrètement moderne et belle. Ici comme ailleurs, une extrême impression de densité humaine (4000 personnes au km2 à Gaza).

Cinquième carte postale

Trêve. Trêve armée car nous sommes entourés, comme depuis notre arrivée, d’un important détachement d’hommes armés et dont le civil qui les commande possède une poche révolver qui mérite son nom !

Nous nous penchons sur des ruines du IVe siècle, ruines d’une sorte de laure, où Saint Hilarion (291-371) aurait vécu. Les spécialistes du groupe discutent pour savoir si l’on peut lire sur une mosaïque que c’est ici que se rejoignaient (prenaient leur source) les trois fleuves du paradis. J’ai certainement vu le mot potamos… Pour le paradis, je ne suis pas certain…

Sixième carte postale

Un enfant berger garde ses moutons. Tout est ruine. Les routes ont été défoncées, les maisons détruites, le pont coupé, les arbres arrachés. Ici se trouvait Netzarim, l’une des quatorze colonies israéliennes qui cultivaient le tiers des terres cultivables. Les colons ont tout détruit en partant. Des grands lambeaux de béton en témoignent.

Au loin, un camp de réfugiés. Ils sont 1 million sur les 1,4 million que compte la population de Gaza.

Septième carte postale

Nous sommes dans le bus… Le Père Manuel, le curé, parle de la pauvreté (neuf personnes et une boite de sardines). Un panneau vante l’aide américaine. Rien sur l’Europe, pourtant principal bailleur de fonds. La place où nous sommes arrêtés est entourée d’immeubles bombardés et la friche s’étend là-bas jusqu’à la frontière. L’un d’entre nous est descendu du bus pour prendre une photo. Le Père Manuel est inquiet. Il parle du Hamas qui a été élu, dit-il, pour moraliser la vie politique, pas pour changer de politique. Quand le « photographe » est revenu dans le bus, le Père Manuel entonne le Salve Regina, seule prière de la journée, pour remercier de nous avoir permis de venir en bonne santé et de repartir en bonne santé.

Enregistrement du 14 janvier

La salle de la paroisse de Reneh est vraiment glaciale… 150 paroissiens sont là. Nous venons de célébrer la messe. Et avec Mrs Hitchen, de Radio Vatican, nous sommes censés échanger avec ceux qui le veulent.

Tous parlent ensemble en arabe. Les hommes crient, en commençant par les plus vieux. Les femmes se taisent. De temps en temps, Don Illario traduit quelques mots : « Il est difficile d’être la minorité (chrétienne) de la minorité (arabe) ! Les juifs nous prennent nos terres sous tous les prétextes. Quand nous voulons construire, nous n’obtenons pas de permis de construire parce que le ministère est en grève. Pour entrer à l’université, il faut des points et les juifs partent avec 60 points d’avance. Dans certaines universités, il y a des quotas ; ils nous font attendre, pour entrer à l’université, que les juifs aient fait leur service militaire, que nous refusons de faire pour ne pas tirer sur des frères palestiniens. Or les juifs orthodoxes ne font pas non plus leur service militaire mais ils n’attendent pas. De toute façon, nous n’avons pas droit aux mêmes emplois, les allocations familiales sont moitié moindres pour nous. Nous sommes des citoyens de seconde zone, nous ne sommes pas respectés dans nos modes de vie. On ne parle pas de nos fêtes dans les médias. Nous n’avons pas de futur. Ils veulent que nous partions. »
Fadi est jeune. Il est étudiant à Haïfa et sa voix calme l’ensemble. Il parle anglais : « Nous ne pouvons rester ici que si nous découvrons notre vocation d’être un tampon, un pont entre les juifs et les musulmans. »

Le curé finit par mettre les gens à la porte. Tous veulent dire quelque chose et, aussi, nous entendre, sur Gaza. Fadi ajoute : « Pour nous, tout est occasion de parler politique. »

En sortant, les avions de l’armée israélienne nous survolent et vont dans la direction du Liban.

Enregistrement du 15 janvier

Une journée de réunion et d’interventions : le Patriarche Sabbah, Mgr Kenney, évêque auxiliaire de Birmingham, le Ministre israélien du tourisme, son adjoint pour la Galilée, le fonctionnaire chrétien travaillant avec ce dernier, Mgr Sayah, archevêque maronite d’Haïfa, le Sheik Muhammad, responsable d’une mosquée à Cana, le Professeur Fadel Duhamsheh, druze, le rabbin Cohen, grand rabbin émérite d’Haïfa, Mgr Marcuso, vicaire patriarcal pour Israël, chargé de Nazareth, Mgr Chacour, archevêque melkite…

Que retenir ?

- Une vraie cohérence entre les évêques catholiques de Terre sainte : venez ici en pèlerinage, mais la Terre sainte, ce ne sont pas simplement des pierres mais des communautés chrétiennes ! Soutenez-les ! Soutenez aussi Abbas et encouragez de même tout ce qui se fait dans la bonne direction… Ne semez pas la haine mais l’amour.

- Aidez-nous à résoudre certains problèmes avec l’Etat d’Israël (la ratification du fundamental agreement avec le Saint-Siège, la question des visas, les très grosses difficultés de la réunification des familles séparées).

- Les évêques de la coordination, quant à eux, ont un slogan : prière, pèlerinages, pressions politiques pour soutenir les chrétiens de Terre sainte.

- Chacun des intervenants a été pour le dialogue mais l’un d’eux a cité un travail de recherche mené par l’université d’Haïfa à partir d’une enquête portant sur 1600 élèves du secondaire pris dans 22 établissements répartis dans le pays. 75% des élèves juifs pensent que les arabes israéliens ne sont pas capables d’avoir un emploi qualifié. 69% pensent qu’ils ont une intelligence de faible niveau, 75% qu’ils sont sales et violents. Pour les arabes, 64% pensent que les juifs sont violents, 57% qu’ils sont sales, 45% qu’ils sont grossiers et 37% qu’ils n’ont pas de culture. 75% des arabes aimeraient parler à des juifs, 50% des juifs à des arabes.

- M. Herzog, Ministre du tourisme, parle de son grand père, rabbin irlandais et ami du cardinal primat, de son père, président de la République, et ami de Jean XXIII et Paul VI, et de ses propres rencontres avec Jean-Paul II et le cardinal Ratzinger. A l’évidence, il veut sincèrement le bien des arabes chrétiens, mais à toutes les questions embarrassantes, il répond « sécurité » d’abord.

- Alors, dans mon esprit, se bousculent les mots : peur, sécurité, peur, sécurité… dialogue… confiance !

+ Michel Dubost Evêque d’Evry - Corbeil-Essonnes

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