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Paul, éducateur - mars 2009

Au cours d’une recollection avec les enseignements des écoles catholiques du diocèse, Mgr Dubost parle de St Paul, puisque jusqu’en juin nous sommes dans l’année St Paul...

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« L’éducation,
pour autant qu’elle est la figure
dans laquelle l’homme se rencontre
et rencontre Dieu…
 »

Hölderlin

Paul est un rabbin pharisien. Chrétien, mais pharisien.


Le Talmud distingue plusieurs types de pharisiens, notamment les pharisiens « maquillés » - que l’Evangile appelle pharisiens, sans autre qualification -, les pharisiens « de l’épaule » - qui mettent la Loi comme un véritable joug sur l’épaule -… cf Berakhot IX. 5. Paul fut de cette catégorie, et il en reste imprégné.
Rabbin, il a eu un maître, pharisien, Gamaliel… et est devenu un véritable expert en Ecriture sainte et en dialectique pour l’interpréter.
On peut penser que Paul a aussi une bonne maîtrise de la culture grecque en général… Son discours à Athènes révèle une connaissance d’Epiménide et d’Aratos. Mais bien des spécialistes pensent que Paul doit beaucoup à Philon d’Alexandrie, un auteur de la diaspora judéo-hellénique (qui se rendit à Rome en 40) et dont maints traités de pensée semblent avoir inspiré Paul.
Citoyen romain, vivant à Tarse dans une culture grecque, passionné de la Bible, Paul est une homme-carrefour qui s’est façonné l’esprit auprès de maîtres, mais encore plus dans des discussions passionnées, piquantes… Paul ne dit-il pas de cette époque :

« Frères, vous avez certainement entendu parler de l’activité que j’avais dans le judaïsme… J’allais plus loin dans le judaïsme que la plupart des gens de mon peuple qui avaient mon âge, et, plus que les autres, je défendais avec une ardeur jalouse les traditions de mes pères. » Ga 1,13-14

Paul est un témoin totalement donné au Messie ouvrant une histoire nouvelle…en-dehors de l’histoire ; c’est un rabbin, pas un professeur, ni même, au sens moderne, un éducateur.
Comme tout rabbin, son enseignement est circonstanciel : il répond aux questions qui lui sont posées et il ferraille contre ceux qui ne pensent pas comme lui.

Lorsque il m’a été proposé de vous présenter « saint Paul éducateur »…j’ai accepté sans prendre conscience de la difficulté que j’aurais à vous présenter un « nomade de Dieu », un homme refusant d’imposer sa pensée - parce qu’il veut respecter la liberté de chacun contre toute loi -, mais d’un vrai autoritarisme, comme une figure pouvant vous permettre de vivre en Dieu votre vie de professeur.

Il m’a semblé, cependant, que le texte des adieux aux anciens d’Ephèse, à Milet, pouvait nous aider à une relecture de nos vies.
Paul a fini une étape de sa « carrière ».
Il vient d’écrire aux Romains qu’il a du temps devant lui et qu’il n’a plus d’autre projet apostolique que celui d’aller au bout du monde, c’est-à-dire en Espagne. Il a le sentiment de ne plus pouvoir/devoir donner quelque chose aux communautés qu’il a fondées.
Il apporte une collecte à Jérusalem et il a peur que cette collecte soit mal reçue par des chrétiens venant du judaïsme, refusant l’unité avec les chrétiens du paganisme et marquant ce rejet par le rejet de leur argent.
Il vient de Troas. Il a embarqué à Assos. La mer a été mauvaise. Il prend quelques jours de repos et fait venir les responsables de sa communauté-mère, Ephèse.
Et, avec eux, il fait une relecture de son action.

Encore une fois, il n’est pas professeur.

« Paul, se hâtant de revenir à Jérusalem après avoir traversé la Grèce, avait fait escale à Milet. De là il envoya un message à Ephèse pour convoquer les Anciens de cette Église. Quand ils furent auprès de lui, il leur adressa la parole : « Vous savez comment je me suis comporté tout le temps où j’étais avec vous, depuis le jour de mon arrivée dans ce pays d’Asie. J’ai servi le Seigneur en toute humilité, dans les larmes, et au milieu des épreuves provoquées par les complots des Juifs. Vous savez que je n’ai rien négligé de ce qui pouvait vous être utile ; au contraire, j’ai prêché, je vous ai instruits en public ou dans vos maisons. J’adjurais les Juifs et les païens de se convertir à Dieu et de croire en notre Seigneur Jésus. Et maintenant, me voici contraint par l’Esprit de me rendre à Jérusalem, sans savoir ce que je vais y trouver. Je sais seulement que l’Esprit Saint, dans chaque ville où je passe, témoigne que la prison et les épreuves m’attendent. Mais pour moi la vie ne compte pas, pourvu que je tienne jusqu’au bout de ma course et que j’achève le ministère que j’ai reçu du Seigneur Jésus : rendre témoignage à la Bonne Nouvelle de la grâce de Dieu. Et maintenant, je sais que vous ne reverrez plus mon visage, vous tous chez qui je suis passé en proclamant le Royaume. J’en témoigne donc aujourd’hui devant vous : on ne peut pas me reprocher de vous avoir menés à votre perte, car je n’ai rien négligé pour vous annoncer le plan de Dieu tout entier. Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau où l’Esprit Saint vous a placés comme responsables, pour être les pasteurs de l’Église de Dieu, qui lui appartient grâce au sang qu’a versé son propre Fils. Pour moi, je sais que des loups féroces s’introduiront chez vous quand je ne serai plus là, et le troupeau ne sera pas épargné. Même parmi vous, surgiront des hommes qui tiendront des discours mensongers pour entraîner les disciples à leur suite. Soyez donc vigilants, et souvenez-vous des avertissements que, pendant trois années, je n’ai cessé de donner à chacun de vous, nuit et jour, jusqu’à en pleurer. Et maintenant, je vous confie à Dieu et à son message de grâce, qui a le pouvoir de construire l’édifice et de faire participer les hommes à l’héritage de ceux qui ont été sanctifiés. Argent, or ou vêtements, je n’ai rien attendu de personne. Vous le savez bien vous-mêmes : les mains que voici ont pourvu à mes besoins et à ceux de mes compagnons.
Je vous ai toujours montré qu’il faut travailler ainsi pour secourir les faibles, en nous rappelant les paroles du Seigneur Jésus, car lui-même a dit : Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Quand Paul eut ainsi parlé, il se mit à genoux et il pria avec eux tous.
 »
Ac 20,17-36

Ce discours est un discours d’adieu. Il est triste, de la tristesse des séparations et des inquiétudes pour ceux qu’on aime… doucement, il ouvre sur l’avenir.

« Vous savez comment je me suis constamment comporté avec vous depuis le jour où j’ai mis le pied en Asie… » 20,18
Littéralement : « j’ai été avec vous ».
Paul est un homme qui vit avec… et qui parle en faisant appel aux souvenirs, à l’expérience de ses auditeurs. Il n’a pas besoin de se raconter. Les anciens savent ce qu’il a fait parce que Paul est un homme de contact, de communion.

« J’ai servi le Seigneur » 20,19
Paul est un « serviteur »…un « δουλος ».. Il peut exister deux références pour expliquer le mot, l’une au serviteur de YHVH, et Paul s’identifierait à celui qui porte sur lui la conséquence des péchés des autres… L’autre est celle au fils d’esclaves qu’il est, à l’homme libre qu’il est, qui a voulu librement se mettre totalement au service comme un esclave.

Paul ose dire : « Je suis votre esclave pour le Christ » 1 Co 9,19

Il est vrai que, dans notre texte, il se dit serviteur du Christ… mais son amour total du Christ se manifeste dans le service des Ephésiens.

« Dans les larmes, en toute humilité  » 20,19

On demande généralement au serviteur d’être compétent, utile, aimable… Paul ne s’attribue aucune de ces qualités. Ce qu’il dit souligne seulement son affectivité : son service l’engage totalement. Il aime ceux auxquels il a parlé au point de s’engager pour eux et de s’effacer pour ne pas s’imposer. Paul n’est pas un technocrate froid. C’est un témoin passionné, mais mettant l’autre au-dessus de lui-même.
Du coup, il sait voir les qualités de l’autre.

« Devant vous j’ai une grande assurance, pour vous j’ai un grand sentiment d’orgueil, je me sens pleinement réconforté, je déborde de joie au milieu de toutes nos détresses.  » 2 Co 7,4

En toute humilité… le sens est douteux, on pourrait traduire : « parmi les épreuves ».
Le témoin ne s’arrête pas aux coups qu’il reçoit, aux humiliations qu’on lui fait subir. Il garde le cap. Comme le Christ. Eventuellement jusqu’à la Passion.

« Je n’ai rien négligé de ce qui pouvait vous être utile" 20,20
On pourrait traduire : « Je n’ai rien omis. »

Paul est à la fois ultracompétent et désintéressé. Peu importe si ce qu’il dit plaît. Il sait ce qu’il doit dire pour aider l’autre et il le dit…quelquefois doucement, quelquefois ironiquement, quelquefois avec colère…maladroitement ou avec une habileté suprême.
Paul a reproché à Pierre, justement, d’omettre, (de se dérober, c’est le même verbe qu’en Ga 2,12-13).
Paul est un maître comme le Christ, parce que, sûr du Christ, il parle« comme ayant une autorité, et non comme leurs scribes  » Mt 7,29

« Lié par l’Esprit  » 20,22

J’hésiterais à traduire « prisonnier »… Paul a toujours été un homme libre… se livrant à l’Esprit de Dieu et se sentant saisi par lui (cf Ph 3,12).
Toute sa vie, il a cherché à ressembler au Christ, qui ne veut pas garder jalousement le rang qui l’égale à Dieu, mais qui se livre… et donc qui est conduit, plus qu’il ne dirige sa vie.

« Je n’attache d’ailleurs vraiment aucun prix à ma propre vie  » 20,24

Le mot « psuché », traduit ici par vie - ce qui est une bonne traduction - invite cependant à prendre en compte la pensée. Je n’attache aucun prix aux idéologies, aux manières que j’ai de penser et qui me font vivre, aux méthodes… ce qui est important pour moi, c’est de mener à bien ma course, mon service (ma diaconie).

« Rendre témoignage à la grâce de Dieu  » 20,24

C’est le but de sa vie. Cette grâce est gratuite. Elle est don. Elle ne dépend pas des efforts de celui qui la reçoit, ni de la Loi, ni d’aucune loi, ni même de rien de ce qui est humain…
Le Messie est crucifié ! La grâce, c’est la vie donnée là où la mort règne.

« Je n’ai omis pour vous annoncer toute la volonté de Dieu sur nous  » 20,27

Là est le cœur du décentrement de Paul : son but, c’est que la volonté de Dieu soit faite en chacun de ses interlocuteurs. Pas sa volonté, mais celle de Dieu. Evidemment, cette volonté, c’est qu’ils deviennent ce qu’ils ont mission d’être, qu’ils acceptent d’être créature, limités, ancrés sur la terre, incertains de leur avenir, essayant de comprendre et d’aimer… par le Christ qui est l’homme parfait.

« Prenez soin de vous-mêmes »

D’abord, prenez soin de vous… avant d’être des veilleurs pour le troupeau, vous avez une responsabilité sur vous.

« Fils bien-aimé, que personne n’ait lieu de te mépriser parce que tu es jeune ; au contraire, sois pour les croyants un modèle par ta façon de parler et de vivre, par ton amour et ta foi, par la pureté de ta vie. En attendant que je vienne, applique-toi à lire l’Écriture aux fidèles, à les encourager et à les instruire. Ne néglige pas le don de Dieu qui est en toi, ce don que tu as reçu grâce à l’intervention des prophètes, quand l’assemblée des Anciens a imposé les mains sur toi.
Tu dois prendre à coeur tout cela et t’y donner, afin que tous voient tes progrès. Sois attentif à ta conduite et à ton enseignement ; mets-y de la persévérance. En agissant ainsi, tu obtiendras le salut, pour toi-même et pour ceux qui t’écoutent.
 »
1 Tm 4,12-16

Ce « veillez »… (on pourrait traduire ainsi le « prenez soin de vous-mêmes ») est fréquent dans l’Evangile : il invite à se tourner avec confiance vers Dieu dans la recherche de Dieu et la prière ( Mt 24,42 et 25,30).

« Tout le troupeau dont l’Esprit-Saint vous a établis les surveillants  » 20,28 - les épiscopes - . Le Christ est l’unique pasteur…mais chacun doit veiller sur chacune des brebis, surtout celles qui sont loin… et égarées.

« Les hommes aux discours tournant de travers » 20,30

Comment veiller et protéger les brebis autrement qu’en leur donnant les moyens critiques et les repères pour ne pas se laisser prendre par tous les bonimenteurs de la terre ?

« Je vous confie au Seigneur, à sa Parole de grâce  » 20,32

La prière de Paul est une prière de confiance qui invite à trouver comme repère la Parole de Dieu qui seule peut construire.

« Je n’ai convoité ni l’or, ni l’argent, ni le vêtement de personne  » verset 33

Paul affirme qu’il respecte le 10ème commandement, ce commandement qui demande de ne pas chercher à accaparer le « commencement » de chacun (de son Beth), de sa raison d’être, de son secret originel. Paul accepte d’être ce qu’il est. Pas plus. Il se refuse à être captatif.

« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir…  » verset 35

En Dieu, chaque personne est totale relation.
Don et accueil.
Mais le don est premier. Il faut accueillir la Parole pour exister, mais l’on n’existe qu’en donnant.

+ M. Dubost
Évêque d’Évry - Corbeil-Essonnes

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La Croix