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Janvier 2015 - Cartes postales de Terre Sainte

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Les enfants et la neige

Arriver à Roissy fut difficile.
Francilienne déconseillée.
Autoroute bouchée parce que périphérique fermé
pour cause de prise d’otages…
Accident sur l’A 86.

À Roissy, navette en retard.
Au guichet, une personne n’en finit pas d’enregistrer ses bagages.
L’employée me dit : « Non, c’est fini. »
Je lui dis : « Mais, Madame, j’étais là. »
« Ah bon, je ne vous avais pas vu. »

Je rentre dans l’avion.
On ferme la porte derrière moi.
Le commandant annonce le départ dans cinq minutes.
Vingt minutes plus tard, nous n’avons pas bougé.

À Tel Aviv, l’aéroport est relativement vide.
C’est sabbat.
À la sortie de la douane, une seule personne attend.
Elle m’attend. Chance.
« La route vint de se rouvrir… et je suis venu », me dit-il.
Ah !...
De fait, les premiers kilomètres,
la fermeture de la route semble incompréhensible.
Mais après… tout est blanc.
Il a neigé. Sans doute beaucoup neigé.
Les chasse-neige circulent à contre sens
et la voiture au ralenti glisse ou patine…

Sur le bord de la route, les oliviers sont blancs
et le paysage émerge en blanc d’une nuit profonde.
Quelques orangers givrent leurs oranges…

Pas de passants. Il est tard.
Un petit groupe : des enfants lancent des boules de neige.
Ils rient et jouent.

Nous arrivons à Bethléem.
Le check point est fermé.
Des policiers ouvrent une première porte
mais les gardes refusent de nous laisser passer.
Demi-tour glissant.
Nous suivons une voiture de police.
L’abandonnons. Tournons.
Passons au check point désert.
Nous voici à l’hôtel.

Il n’y a personne au comptoir.
Je frappe ici et là. J’élève la voix.
Personne.
Arrive le gardien. Il me désigne ma chambre.
Elle n’est pas chauffée…

De bon matin, je sors.
Tout est crissant, verglacé.
Et, riant, des enfants jouent
et se lancent des boules de neige.

Ainsi va la vie !




Les évènements de Paris

Ils rigolent dans leur cahute
Militaires, policiers, je ne sais.
On se dit bonjour.
Je comprends qu’ils me demandent si je suis Français.
A travers sa fenêtre, l’un d’eux m’attrape
fait avec ses doigts comme une mitraillette.
Il murmure : switch, switch.
Fait semblant de tomber…
Et me sert la main.
« Français, Français… »
Et la main se fait plus fraternelle.
Eux, ils craignent l’islamisme… ils savent.

Samedi à Bethléem

Nous sommes une quarantaine.
Douze évêques.
Nous aimerions célébrer la messe.
Il est 15 heures…
Non, ce n’est pas possible.
Ni à la basilique, ni ailleurs.
C’est fermé, vous dis-je. La neige.

L’eau court

Le ciel est noir, ici.
Au-dessus de Gaza, il est bleu.
Un arc-en-ciel…
L’eau court sur les chemins,
Torrentueuse.
Et nous attendons. Immobiles.
On ne passe pas à Erzel.



Le vieux

Nous avons été le voir.
Il nous embrasse la main.
La main droite est paralysée.
Son gendre m’explique
qu’il a été blessé (au ventre).
Il a une poche…
On ne se comprend pas.
Il sourit.

Il n’y a plus

« Il n’y a plus que 130 catholiques latins,
peut-être même 88.
Un soir, j’ai eu la tentation :
on prend un bus et on s’en va. »

Non, il faut rester !

D’habitude

Tout est flaque d’eau, ruisseau,
boue…
La route est difficilement praticable.
Il est 17 heures 30
Et nous sommes dans la nuit noire.
La ville est sans électricité.
Cà et là, une fenêtre blanchâtre.
On charge des batteries quand c’est possible
et, dans la nuit, on regarde la télé.

Écoles

Il existait 220 écoles.
21 ont été détruites.
22 servent à abriter des sans-abri.
Le reste fonctionne en continu.
Il y a des élèves du matin.
Il y a des élèves du soir.

Et d’aucuns ne vont plus à l’école.
Les traumatismes sont innombrables
(500 enfants sont morts, 3500 sont gravement blessés).
Il montre son école…
Il n’a pas perdu sa maison (sa sœur ?).
Il est fier et il sourit.
« Nous voulons vivre. »

Nuit

Dans la nuit, le chant du muezzin.
Il est différent.
La mélopée s’arrête. Reprend.
Elle est ponctuée par un récitatif grave
dont chaque strophe s’égrène après un silence.

La mosquée est légèrement éclairée.
Là-bas, un immeuble se détache dans la nuit
et quelques lampadaires soulignent le rivage.

Tout le reste est nuit.
Tout le reste est silence.

L’Al Mashtal Gaza hotel est luxueux.
L’air est conditionné.
L’eau est chaude.
En bas, l’eau coule quelquefois
et hier, deux bébés sont morts de froid.

La voix du muezzin est prière
dans la nuit.

Un autre jour

Au petit matin, nous partons vers le Sud.
Nous allons voir un projet de la C. R. S.
(Catholic Relief Service).
Il fait froid. Très froid.

Lentement, la vie commence…
Ici, tout le village a été détruit.
Trop à la vue d’Israël : dangereux.
Cent quatre-vingts maisons réduites en miettes.
Au bulldozer, probablement.

Le projet est de construire des abris en bois (40).
(le ciment est bloqué à la frontière par les israéliens),
disons des petits chalets.
6 mètres sur 8, plus des toilettes
et une petite cuisine

Les critères de choix ont été décidés avec la communauté.
Dans l’ordre :
les veuves, les handicapés, les malades, les familles avec enfant.
Un « vieux » -marqué par le cancer- nous accueille.
Femme et enfants sont à l’intérieur,
là où il y a une sorte de natte
et sept matelas en mousse. Peu épais.

Je m’éloigne.
Fais le tour de la maison.
Une dizaine de canetons se mettent à me suivre.
Là-bas, quelques moutons
derrière des ruines.

Hier, c’était la nuit.
Aujourd’hui, la lumière naît.
Le visage de l’homme en est illuminé.
Comme une parabole de la Résurrection,
la force de la vie est plus forte que toutes les morts.

Une ville

Passer par l’est de la bande de Gaza
donne une image faussée.
Là, tout est détruit.
Dans le centre… la plupart des bâtiments sont intacts.

Sur les 18000 logements détruits,
les 37000 inhabités,
peu le sont en centre-ville,
sauf les bâtiments administratifs.

Les entreprises ont été « traitées »
et les 489 détruites se voient.
Mais la vie continue.

Il y a des voitures,
des agents qui sifflent au milieu des embouteillages,
sans doute plus de carrioles…
L’âne et une charrette
qui emmène des moutons, des pamplemousses,
des oranges, des choux,
du fourrage… et bien d’autres choses encore.
Quelquefois, l’âne est remplacé par une moto.

Des filles voilées de blanc vont à l’école,
sac en bandoulière ou dans le dos.
Des garçons en jeans soigneusement délavés
vont à l’école,
sac au dos, ou papiers à la main.

Des couples…
Des femmes seules,
des drapeaux noirs du « djihad ».
Des affiches racontent les exploits des martyrs.
Un missile kassam orne un rond-point.
Une affiche affirme :
« Gaza résiste, Jérusalem vaincra. »
Elle montre des soldats israéliens
attaquant un homme à terre.
Des placards publicitaires
pour Pepsi (avec l’équipe de foot palestinienne),
pour Alcatel et un smartphone.

Une tente sur la route même
et, réunies –à l’évidence- par un deuil,
deux rangées de chaises qui se regardent.

Un grand immeuble, seul, inhabitable.
(il paraît qu’il était luxueux).
Détruit le dernier jour de la guerre.
Il s’appelait l’Italian compound.

L’école

« Nous ne sommes pas des dommages collatéraux. ».
Les jeunes font de la trigonométrie ;
nous les interrogeons et ils parlent.
Ils ne croient pas à l’avenir de la paix.
Ils pensent que le monde les abandonne
et que, même si nous disons ce que nous avons vu :
« ils ne vous croiront pas. »

À l’heure actuelle, ils risquent à plus de 50% le chômage
et, s’ils travaillent, ils gagneront 250 dollars par mois.

Sdérot

On dit que c’est la ville la plus bunkérisée du monde.
De fait, on y voit des bâtis de béton
qui ressemblent à des vespasiennes
et qui prouvent que la menace contre laquelle ils ont construit
est légère.

La ville est moderne.
Sans charme.
Nous visitons, au poste de police,
les restes d’une centaine de missiles
plus vieux que la guerre de cet été.

Nous visitons l’aire de jeux
sur laquelle un kassam est tombé
(sans faire de victimes).
Deux immenses serpents
peuvent servir d’abri.

Nous demandons à Shalom notre chemin ;
il monte dans le car,
nous conduit à une colline
à quelques centaines de mètres de Gaza.
Et nous montre des chaises :
« c’est de là que nous regardons les bombardements sur Gaza,
en buvant de la bière. »
« Et les kassam ? »
Il hausse les épaules,
semblant dire : « Même pas peur. ».

Messe au Carmel

Le 12 février, le Pape annoncera une canonisation.
Celle de Sœur Marie de Jésus Crucifié (1846-1888).
Elle est arabe. Palestinienne.
Née à la suite d’un pèlerinage de ses parents
à Bethléem.
Elle ne savait ni lire, ni écrire.
Elle devient carmélite à Pau,
fonde un Carmel en Inde
et un autre à Bethléem.

Le soir, dans un Carmel glacé,
nous sommes 14 évêques à « anticiper » la canonisation
avec 14 Sœurs de 9 pays différents.

La Palestine est un pays de fruits magnifiques.

...........

Le chrétien est de passage.
Sa terre… est au ciel.
Et pourtant, il aime cette terre,
car elle lui est donnée pour préparer l’avenir.

À l’occasion du jubilé,
Nous redevenons pélerins
et, à chaque halte de la vie,
nous prions pour que Dieu nous donne
des artisans de l’avenir,
des passeurs de vie…

Hébron

Jérusalem n’est jamais citée dans le Pentateuque.
Hébron depuis 3000 est mêlée au récit de la Promesse.
C’est le lieu du terrain acheté par Abraham
pour enterrer Sara… et les membres de la famille.

Pour Abraham, le nomade
le point fixe, c’est la mort.
La vie l’appelle ailleurs.

Hébron est blanche comme une tombe.
Elle est figée par je ne sais combien de check points.
Certes, une partie de la ville vit encore
mais huit cents colons se sont installés au centre
et, petit à petit, gagnent, et tuent la véritable vie.

Massacre des juifs et des arabes en 1834.
Massacre de 67 juifs en 1929.
Massacre de 29 musulmans en 1994.
La ville, la mort engendrent la violence
et elle est là.
800 colons qui détestent le gouvernement
et que, pourtant, le gouvernement soutient.
800 colons qui veulent une théocratie,
un Dieu qui tue, qui chasse l’autre.

Beit Hassadah,
Abraham Avina
Beit Romano
Tel Rumeida
Beit Al Rajah…

Ils ne font rien. Ils ne travaillent pas.
Ils occupent le terrain.
Pour en chasser l’arabe.

200 000 personnes vivent à Hébron (20 000 colons officiels)
C’est un centre commercial…
Mais la vie y est animée par les clans
et le pouvoir est à la force.
Les Palestiniens dépendent du bon vouloir des colons,
qui ne veulent qu’une chose :
voir les Palestiniens partir.

Une chose encore :
les colons sont Américains, Australiens,
jamais du Moyen-Orient.
Mais ils sont hantés par le Messie.

Ephata

Paul VI les avait repérés.
Il y a beaucoup de sourds en Palestine.
Et il a voulu qu’ils soient aidés.
Ici –en franglais- on parle de réhabilitation.

Pour nous accueillir, les enfants chantent,
les adolescents dansent
et entraînent dans le mouvement
un vieil aveugle anglais.

Bethleem arab society

L’accueil est simple.
Un power point et du café.
Au mur, des photos
avec chacune son histoire.
Et l’histoire est terrible…
Ici, on « réhabilite » les blessés de la guerre
mais aussi les blessés de la vie.

Le slogan est simple :
« Empowerment more than charity »
(Rendre capable plus que faire la charité).
La prise en charge des personnes est totale,
médicale, paramédicale (kinésithérapie),
psychologique, sociale…
Tout de la chirurgie à la recherche de travail adapté
tout de la prothèse au handisport.

Mais l’insistance est encore plus forte :
le BASR cherche à ouvrir la société aux handicapés,
à leur faire reconnaître des droits.

L’hôpital domine la vallée de Crémisan.
Le paysage est superbe…
Il est comme un phare…
Pourvu que le mur ne le coupe pas en deux.

De Sophie à Denise

Nous allions chez Sœur Sophie,
nous allons chez Sœur Denise.
Une crèche à Bethléem…
Quoi de plus normal ?

Mais les enfants ici sont des « enfants du péché »,
abandonnés.
Chaque mère a risqué sa vie pour les porter.
Et, il y a quelques semaines, une est morte.
Sa propre mère lui a dit :
« veux-tu être égorgée ou fusillée ? »
« Fusillée. »

Elle l’a été. L’enfant n’est pas né.

Deux bébés… de moins de six jours
la mère de l’un est en prison
et n’a pas voulu le voir.
L’autre a été trouvée.

Ici, sans parents, ils sont forcément musulmans
et ne peuvent pas être adoptés.
Les services sociaux trouvent des familles d’accueil,
mais… souvent, les clans de ces familles
n’acceptent pas ces « enfants du péché ».

L’un d’entre eux, il y a cinq mois,
s’est suicidé.
« On » lui avait expliqué que, n’étant pas du même sang,
il ne pouvait pas vivre chez sa « mère » adoptive.

Les enfants semblent heureux.
Eux ne savent pas encore
et ils s’agglutinent au tablier des Sœurs.

Amitié

Dina – Sarah. Deux étudiantes.
Deux amies.
L’une musulmane. L’autre chrétienne.
Elles savent appartenir à une société conservatrice.
La femme semble n’y avoir que peu de place.

Mais elles font des études.
En riant, elles affirment que le drame actuel
change la condition féminine.
Les hommes ont besoin que les femmes travaillent,
sinon, ils ne peuvent entretenir leur famille.

Elles pensent que la société change.
Elles veulent la faire changer
- en faisant de la politique
- …
- le maire de Bethléem est une femme !
- oui, mais les dirigeants ne pensent jamais comme le peuple.

Beit Jala

Avec une (petite) semaine de retard
les séminaristes rentrent de vacances (de Noël).
Les Jordaniens étaient arrêtés par la neige,
sans compter quelques problèmes de visa.

Les Palestiniens, eux, ne peuvent même pas aller à Jérusalem
(que l’on voit du séminaire…)
Eux attendent… au séminaire.
Il leur faut des permis…

Et si nous les invitions ?
Il faut qu’ils se rendent en Jordanie…
Car ils n’ont pas le droit de prendre l’avion en Israël !

La paix

Nous venons de vivre dix jours dramatiques.
Certains se sont étonnés de mon silence.
Même si j’avais communiqué de Rome,
demandé à faire sonner le glas… parlé à la radio.

Faisant partie d’une coordination voulue par le Pape,
je suis parti le vendredi 9 en Terre Sainte,
pour passer les 11 et 12 janvier à Gaza. C’était une promesse.
Avec hésitation, j’ai voulu y être fidèle.

J’ai suivi la situation presque heure par heure,
et chaque Palestinien me la rappelait,
m’offrant des condoléances…
Et, souvent, exprimant son dégoût de l’extrémisme.

En Terre Sainte, la paix n’est pas à l’ordre du jour.
Tous le savent.
Certains font comme s’ils ne le savaient pas.
Ils s’engagent dans des petites choses, ils reconstruisent,
ils vivent et cherchent la rencontre
comme si de rien n’était.

La paix n’est pas là. Il n’y a pas d’espoir,
mais ils espèrent au sens chrétien du terme
et cela leur permet d’aimer la vie.

Nous ne sommes pas dans leur situation,
mais leur exemple me marque…
Ah ! Si nous aimions la vie avec autant de ténacité !

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Teaser de l’Aumônerie de l’Enseignement Public
La Croix