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Accueil > Actualité, agenda, événements > Archives, documents, reportages > Pour aller plus loin, écrits de Mgr Dubost > Janvier 2017 Cartes postales de Terre Sainte

Janvier 2017
Cartes postales de Terre Sainte

"Depuis cinquante ans la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza subissent une occupation qui viole la dignité humaine aussi bien celle des Palestiniens que des Israéliens. C’est un scandale auquel nous ne pourrons jamais nous habituer." Tels sont les premiers mots du communiqué final de la coordination des évêques au retour de Terre Sainte.
Mgr Dubost nous donne ses impressions personnelles sous forme de cartes postales.

Télécharger les cartes postales




Jérusalem

La nuit est tombée pendant les formalités
(simples et bienveillantes).
Le minibus fonce dans une forêt de lumières rouges.
Sur l’autoroute, nous ne sommes arrêtés
que par des « gendarmes couchés ».

Nous filons le long des murs, entre des murs.
Dans la nuit, difficile de savoir ce qu’ils sont,
mais je ne peux faire autrement que d’interpréter :
la Passion du Christ, la Shoah, les attentats
font qu’ils évoquent la servitude et la mort.

Avant d’atterrir, une brume noire dominait Tel Aviv
et des nuages lourds étaient au-dessus de nous
dans une sorte de vapeur violacée par le soleil couchant.
Dix, quinze hommes venaient de se rasseoir.
Bravant toutes les règles, ils avaient prié au milieu du couloir
avec quelques mélopées inconnues. Tristes.
En vue de Ben Gourion, l’avion avait changé de cap
et avait découvert un morceau de ciel dégagé
et la lune, comme un ballon d’enfant s’envolant vers le ciel.

Pourquoi la mort présente à Jérusalem
semble-t-elle vouloir ne pas s’arrêter là ?

Une si petite communauté

Mario est un prêtre brésilien. Il porte une quarantaine arrondie.
La soutane est sans ceinture.
Ferme. Souriant. Actif.
Il est secondé par le Père Victor, argentin… Nouveau.
Treize religieuses. Mille six cents élèves (dont cent cinquante chrétiens).
Mais seulement mille chrétiens ans tout Gaza.
L’an dernier, pour Noël, ceux-ci ont demandé 930 permis
(c’est l’habitude, ils demandent pour aller en famille).
D’habitude, Israël refuse massivement.
Cette année, 930 demandes… 890 acceptées.
Mais beaucoup ne sont pas revenus. Partis !
Souvent à l’étranger.
Chez les catholiques, un seul n’est pas revenu…
Mais la communauté est si petite (135 personnes)
qu’elle tiendrait dans deux grands cars,
l’un pour les adultes, l’autre pour les scolaires.

Mario sait résister avec le sourire.
On lui cache de la drogue dans sa voiture.
Il est accusé. Il se défend.
Un an après, le coupable se dénonce.
À la frontière, on lui demande de se déshabiller.
Il refuse.
On lui dit : « Mais vous êtes comme les autres. »
Il répond : « C’est pour cela »
Et, pour en sortir, montre son passeport du Vatican :
on ne déshabille pas un diplomate à la frontière !
La communauté –même petite- ne s’entend pas bien…
Chacun aimerait avoir une part supplémentaire de l’aide
(les parts sont si petites… et quand vous avez des enfants…).
Mario sourit et avance. On l’appelle Abouna. Père.



Ahli Arab Hospital

D’accord, c’est un hôpital comme les autres.
Le directeur dirige. Clairement.
Les services ressemblent aux services des hôpitaux.
Chirurgie, médecine, urologie, gynécologie,
orthopédie, pédiatrie, urgences, hospitalisation à domicile.
L’hôpital a un appareillage important de radiographie,
ultrasons, mammographie moderne.
Il a un département de physiothérapie et de soins aux brûlés.
Il fait de la prévention
(je pense au petit carnet de photos
pour apprendre aux jeunes mères à nourrir correctement leurs enfants).

Mais, mais nous sommes à Gaza,
Gaza marquée par la guerre
(on a connu 300 personnes dans la salle d’urgence de 30 m2),
marquée par le blocus.
40% des molécules médicales n’arrivent pas,
et, quand elles arrivent, il n’est pas sûr qu’elles seront réapprovisionnées.
Mais l’électricité n’est fournie que 4 heures par jour
et l’eau manque souvent.
L’hôpital se prémunit contre tous les manques comme il peut
mais les générateurs ont besoin de quatre litres de gasoil par heure – à deux dollars le litre-
4000 patients dans l’année.
3700 opérations chirurgicales,
2835 mammographies,
1823 urgences, etc…Nous sommes pratiquement en banlieue…
Et on se demande comment ils font.
Le directeur dirige… Vraiment.

Il pourrait s’appeler Ali

Ali a quatre enfants -2 garçons, 2 filles-.
Le petit dernier joue avec nous.
Les autres sont intimidés.
Madame se cache.
Ali est arrivé à Gaza en 2011.
Il venait de Libye.
Son père possédait un petit bout de terrain à Gaza
et il est venu.
10 arbres rapprochés. Deux citronniers. Un olivier,
sept orangers.
Dans un coin, quelques poules et trois pigeons.

Son logement : une pièce de 16 m2
(où couchent les quatre enfants),
un ensemble sanitaire –douche, toilettes-,
un lavabo dans le semblant d’entrée
et une cuisine de moins de 10 m2
où il dort avec sa femme.

Catholic Relief Service (C. R. S. pour les intimes)
a décidé d’aider 250 familles comme la sienne
(16500 familles sont sans logement décent à Gaza).
L’O. N. G. fournit une assistance technique,
un prêt sur 12 mois
(30 % à l’avance, 40 % quand l’essentiel est fait,
30 % à la fin des travaux).
Ali a fait le travail lui-même. Aidé par C. R. S.
Il agrandit les deux pièces de sa maison :
il en coûtera 3400 dollars canadiens… à C. R. S.

Il y a deux ans, les Israéliens avaient interdit le ciment.
Maintenant, ils interdisent le bois.
La maison est en parpaings.
Les enfants sont assis sur les parpaings.
À l’évidence, Ali attend beaucoup de notre visite.
Aujourd’hui est pourvu.
Il gagne 3040 shekels par an comme réfugié (760 euros)
et ne paie ni la scolarité des enfants –tant qu’ils sont petits),
ni la sécurité sociale…

Mais le futur ?

C. R. S. encore

Aux très pauvres, C. R. S. donne une carte électronique.
Elle permet d’acheter de la nourriture dans certains magasins
mais elle ne peut payer ni les cigarettes, ni du matériel.
Grâce à elle, des personnes achètent ce qu’elles veulent.

C. R. S. a ouvert une centrale de traitement des demandes de travail
1000 000 demandes en quelques mois…
Elle ne traite pas les dossiers des jeunes (moins de 18 ans), pour des raisons juridiques,
Ni ceux de la plupart des femmes…
Mais il traite plus de 3 000 dossiers… Et c’est énorme.



La chenille multicolore du car

Sur le pare-brise, une grande chenille multicolore.
Elle doit être en morceaux de polaire multicolores.
Au milieu du pare-brise, un portrait de Yasser Arafat.
Rouge.
Au-delà, la route, l’autoroute, la foule, les virages brusques,
les voitures d’un autre âge qui klaxonnent,
les voitures d’aujourd’hui qui klaxonnent,
et une charrette de choux-fleurs, d’oranges et de citrons,
tirée fièrement par un âne qui doit être sourd
au seul bruit de ses sabots.



Comme si

Il a plu.
De lourds nuages courent le long de la côte.
Dans le petit matin, une ou deux barques à proximité.
Les pêcheurs semblent pêcher debout.
Quelques palmiers.
Entre l’hôtel et la mer, la route numéro 1.
Celle où, forcément, passa la Sainte Famille
et où passent aujourd’hui des camionnettes blanches.
Là-bas, quelques parasols attendent le soleil…
Le regard se fait doux…
C’est comme si Gaza était une ville comme une autre,
pas très riche (mais la pauvreté est toujours en marge
et nous n’avons pas le temps d’aller voir les marges),
jeune, masculine surtout
(même si quelques jeunes filles voilées, élégantes, la traversent).
L’hôtel aimerait être luxueux,
mais –sans électricité- les ascenseurs se bloquent
quelques instants.

Le regard se fait doux.
Le manque de liberté ne se voit pas.



Prier à Gaza

L’église paroissiale est dans une rue difficile à atteindre :
le vieux Gaza est étroit.
Elle est protégée par de grands murs. Et une grille
que l’on referme soigneusement lorsque l’on est entré.

L’église est en réfection.
Le sol a été complètement cassé…
Il laisse apparaître une plage de sable.
Mais les peintures murales résistent
et, indéfiniment, la Vierge, Joseph et l’Enfant
partent en Egypte
(la peinture est d’un artiste de Lomé).

Nous célébrons la messe dans une salle souterraine.
À l’entrée, une gerbe de fleurs artificielles offertes par le Hamas pour Noël.
Impression de catacombes…
Notre délégation,
toutes les Sœurs de Gaza
Et quelques habitants… peu nombreux.
Au milieu de cette ville de chair et de sang,
l’impression, quand même, d’un cœur battant.

J’assure que nos communautés d’origine
prient avec nous.
Ce cœur bat pour le monde.

Comment fait-il ?

C’est un jeune. Vingt ans. Peut-être vingt-cinq.
Il n’a pas de métier…
Ah si, j’oubliais : il distille de l’alcool…
Et arrive à faire du Cognac, du whisky.
Il dit ne rien risquer car il est catholique
et que l’alcool n’est interdit qu’aux musulmans
(à l’entendre, je pense qu’il a des amis musulmans).

J’apprends que les tunnels ont totalement disparu.
Plus rien n’entre par les tunnels en Égypte.
Plus rien ? Peut-être…
Mais les cigarettes, mais la drogue
inondent le marché noir.
Il est peu probable qu’elles transitent par les canaux officiels !

Et le matin, un jour nouveau se lève

Nous traversons la ville de bonne heure.
C’est vendredi.
Les routes sont défoncées.
Quelques sacs de plastique décorent les fils électriques
et un troupeau de chèvres prend son petit déjeuner
dans un tas d’ordures.
Partout, des immeubles. Resserrés.
12, 14, 15 étages.
Des lessives claquent au vent tout là-haut
et, sur la route, des ânes emmènent leur carriole au marché :
oranges, citrons, choux-fleurs, pommes-de-terre, oignons, carottes.
Un âne particulièrement soigneux traîne une remorque
remplie d’œufs…

Des boutiques de meubles recouverts de plastiques,
des robes longues et jaunes…
On attend le soleil…
Nous passons devant l’Italian Compound,
dernière destruction de l’armée israélienne
il y a deux ans.
Destruction sans aucun motif autre que celui de faire peur !

La place revit petit à petit.
On attend de l’argent et des matériaux pour construire
et on a promis à tous les propriétaires de les reloger
à l’identique… Quand ?

Au fond, cela ne semble pas (de l’extérieur) avoir de l’importance.
La société vit. Elle vit pauvrement, mais elle vit.
Mes manuels appellent cela de la résilience.

Ici, dans l’air, il y a comme un souffle tonique,
un peu piquant, peut-être
mais qui fait vivre.
Comme la cuisine locale ? Pauvre, mais forte !

Hors-la-loi…

Chaque fois que l’on rencontre les Sœurs de Mère Teresa,
on les rencontre avec des très pauvres
et avec un sourire de tendresse.
À Gaza, elles sont six.
Elles ont quarante enfants en charge,
enfants rejetés par leurs parents
(la culture ici jette littéralement les enfants handicapés
et les enfants adultérins).
Elles les recueillent –comme elles recueillent les plus pauvres-.
Mais, petit à petit, leur travail se transforme.
Elles accueillent dix vieilles dames…
Au fur et à mesure (et même plus vite),
elles les remplacent par des femmes adultes handicapées
qui n’ont aucune aide, aucun lien…
Une Sœur nous raconte qu’elle en a découvert une
littéralement enfermée dans une pièce…
Sans toilettes, sans lit…
Elle dit : « Je ne peux pas la laisser… »
- « Et les hommes ? »
- « Nous n’y pouvons rien. Nous n’avons pas le droit. »
Et elle passe la main dans les cheveux
d’une fille de 8 mois,
4 kilos…

Au pays des commencements

J’aime flâner dans Bethléem…
Le Bethléem que personne ne connaît.
Porte du XVème siècle,
encorbellements des maisons,
Pierres blanches…
Se laisser prendre par le chemin,
par la route de l’étoile
et voir, en chaque visage de femme,
le sourire de Marie…

Dans ces rues désertes
(et, pourtant, les enfants sont en vacances
de mi-année),
les occidentaux ont fermé leurs étals.
Pour eux, c’est l’hiver !

Et, au plus profond,
je pressens que l’attente est bientôt terminée.
Pourquoi suis-je obligé de penser
délivrance ?

Debriefing

Ce soir, le groupe se réunit pour évaluer son voyage à Gaza.
Catholic Relief Service a fait un travail merveilleux,
un peu répétitif de l’an dernier…
Il faut dire qu’ils ont un congrès la semaine prochaine
et il faut dire aussi que beaucoup d’amis nous attendaient.
Aurait-on dû les éviter ?

Le débat a largement porté sur la situation politique…
D’aucuns pensent le Hamas en perte de vitesse
parce qu’il n’arrive pas à gouverner vraiment…
Il faut dire qu’il y a le manque d’argent (de l’extérieur),
le blocus (très efficace) et la pression israélienne…
Et puis, l’oubli de Gaza :
l’opinion mondiale parle de l’Irak, de la Syrie,
pas de Gaza.

Je n’ai pas pris part au débat.
J’ai bien rencontré quelques personnes,
mais trop peu pour me forger une opinion.

Israël a visiblement changé la forme
d’une politique inchangée…
200 personnes circulent chaque jour
à l’unique poste frontière d’Erez
et c’est comme un bol d’air…

Ils arrivent

Pour accéder à la grotte de la Nativité
les Mages sont passés ici…
Les siècles ont recouvert leurs traces
de constructions de belles pierres blanches,
aux portes et aux fenêtres turquoise.
Là, un escalier –sans doute très ancien-.
Un linteau, au-dessus d’une fenêtre au 1er étage,
évoque le temps des Croisés.
Les murs sont marqués de grands S de fer qui les tiennent,
et flottent dans les encoignures quelques chaussettes qui sèchent.
Le gouvernement palestinien
a installé un grand calicot :
« La lumière vaincra l’obscurité. »
Le minaret de la mosquée surgit de l’ensemble
et l’église gréco-catholique domine…
Il est interdit de stationner
mais des petits car Mercédès –blancs et bleus- attendent leurs clients
et cela klaxonne sans énervement,
simplement pour dire : « Nous sommes là, nous aussi ».
Des hommes passent, le jean effrangé…

C’est par là qu’ils sont passés.
Oh ! C’était différent mais, ce qui n’est pas différent, c’est la foi.
Il faut voir le cœur du monde au-delà, en-deçà de tout.
Est-ce possible, sans porter en soi la soif de cet enfant ?
Les Mages crurent.
L’étoile leur était intérieure.

Une messe des peuples

À Jaffa, l’apôtre eut une célèbre vision :
une nappe remplie d’animaux impurs lui était présentée
et il entendit alors une voix lui dire : « Allons, Pierre, immole et mange ».
Chacun sait que cette vision fut le fondement du baptême de Corneille.
Sans elle, jamais Pierre n’aurait osé baptiser un non-juif.

Nous voici donc à Jaffa
pour la journée mondiale des migrants et des réfugiés…
L’archevêque de Jérusalem, les évêques, trente prêtres
et 300 personnes venant des quatre coins du monde
légalement… ou pas.

Et nous sommes là pour les fêter.
La messe se déroule normalement.
La prière universelle en toutes les langues
semble avoir donné à beaucoup l’occasion de faire une homélie.
La communauté qui devait préparer le Sanctus
était absente.
Mais les Erythréens, tambour et robe écarlate, ont assuré…
Ce fut beau.

227 000 personnes sont réfugiées en Israël
(pour plus de 8 millions d’habitants) :
75 % de juifs, 21 % d’arabes de nationalité israélienne,
Et 2% sont des chrétiens arabes.
Mais, à ces chrétiens de langue arabe, il faut ajouter aujourd’hui 150 000 chrétiens réfugiés,
dont 60 000 sont catholiques.

Les chrétiens migrants sont les pauvres des pauvres.
Ils apprennent l’hébreu… leurs enfants sont israéliens
et défendent les couleurs d’Israël… normalement,
alors que le drapeau d’Israël est l’emblème du colonisateur
et de l’ennemi pour leurs frères chrétiens de Palestine.

Dans l’après-midi, chants et danses folkloriques
libanais (venant de la frontière Sud…),
réfugiés parce que traités de collaborateurs avec Israël,
Indiens du Kérala (un duo magnifique sur un rythme
à la fois traditionnel et très marqué…)
Et où le jeu des mains est aussi fin que le jeu des pieds,
Sri Lankaises, un peu grassouillettes mais rapides,
dans une sorte d’hymne à l’eau,
Érythréens n’ayant rien préparé,
Roumains avec un étonnant jeu de pieds,
Philippins (2 groupes dont un de Haïfa).

Joie de partager leur joie.

Le Père David Neuhaus s. j.

Il porte une bonne cinquantaine d’années.
C’est un sud-africain juif, de parents allemands.
Il arrive en Israël à 15 ans.
Il devient catholique à 21.
Docteur en sciences politiques de l’université de Jérusalem,
il a fait ses études jésuites au Centre Sèvres à Paris
et suit aussi les cours de l’Institut Biblique de Rome.

Il est maintenant le vicaire épiscopal du diocèse,
chargé des chrétiens parlant hébreu…
Et, comme la plupart de ces chrétiens sont des pauvres, il habite au milieu des pauvres.

Il y a trois ans, j’avais participé à la bénédiction
d’un centre pour les migrants.
Aujourd’hui, le centre vit.
Les priorités du Père David se sont entassées.
La première a été d’offrir une liturgie aux catholiques
(il n’y a aucun lieu de culte catholique à Tel Aviv).
Chaque dimanche, 9 messes sont célébrées au centre,
ensuite il a fait le catéchisme…
Pour ce faire, il opte pour des camps de 10 jours l’été,
Denses… et en hébreu
(il lui a fallu inventer des livres en hébreu).

Puis, en vivant au milieu des réfugiés,
Il a perçu la grande détresse des bébés
(souvent de femmes seules obligées de travailler) :
il fonde des crèches et en forme le personnel.

Puis, il voit que les malades n’ont aucune protection sociale.
Si l’hôpital accueille tout le monde en Israël,
dès que quelqu’un peut se mettre debout, il est renvoyé, même non guéri.

Enfin, il a lancé une cellule psychologique.
Beaucoup de réfugiés (de réfugiées) ont été violées
et ont été victimes de trafic humain.

David est juif et fier de l’être.
Vicaire épiscopal d’un diocèse arabe,
il affirme que ce diocèse ne peut qu’être arabe
et qu’il ne peut tenir que par ses institutions,
écoles, hôpitaux, œuvres sociales…
Mais qu’il doit, pour survivre,
ne pas s’enfermer sur lui-même
et s’ouvrir aux pauvres.
Et les pauvres parlent hébreu !

David sait s’entourer…
Et nous accueillir.

Rencontres avec les maires de Bethléem et des environs

Madame Véra Baboun est une personnalité connue.
Elle nous explique la situation en termes simples.
Pour elle, cinq évènements marquent ce début d’année :
la résolution de l’O. N. U. sur les territoires occupés,
l’ouverture d’une ambassade de Palestine près du Saint-Siège,
la conférence de Paris qui réunit 70 pays,
le discours de Kerry sur la Palestine
et l’arrivée de Donald Trump.
Pour elle, ce sont autant d’opportunités à saisir…
Même si personne ne voit comment.

Les deux autres maires (Beit Jala et Beit Sahour)
expliquent le démantèlement de leur commune
par la construction du Mur et l’expansion d’Israël.
Ils appuient sur la nécessité des pèlerinages
Et nous demandent de faire quelque chose…

Les trois nous parlent des familles chrétiennes qui s’en vont,
des parents, qui sont déchirés
mais s’en vont quand même pour leurs enfants…
Ici, il n’y a pas de futur.

Impression étrange…
Le discours est le même depuis quelques années…
Les maires sont enfermés dans un triangle étroit.
Ils n’en sortent pas et leur vue semble se rétrécir,
peut-être aussi parce qu’ils prolongent indéfiniment leur mandat
puisqu’il n’y a plus d’élections depuis 2005.

La paix du Christ

Messe paroissiale… ordinaire.
205 - 300 personnes simples, chantantes, recueillies.
Chants en grec (Kyrie) et en arabe ?
Ave Maria de Lourdes pour finir (je connais l’air).

À la sortie, un petit monsieur se précipite :
« Je veux vous parler parce que j’aime la France
et, depuis cinq ans, la France est devenue l’amie des Américains,
manipulée par les lobbies juifs…
Vous vendez des armes aux terroristes,
ne vous plaignez pas
s’ils les retournent contre vous dans les attentats,
tous les arabes vous détestent aujourd’hui… »

Je reste interloqué…
« Mais les résolutions sur les colonies à l’O. N. U.,
mais la conférence de Paris,
mais… ? »
« Tout cela ne sert à rien.
Vous avez changé, d’abord en luttant contre Assad.
Lui est l’ami des chrétiens,
et vous luttez contre lui. »
« Mais c’est un criminel ! »
« Tous les chef d’État sont des criminels
et vous oubliez les millions de morts en Algérie. »

Il me tend un café.

La crèche

Dimanche matin, basilique de la Nativité.
Une messe « orthodoxe ». J’assiste.
Je suis au milieu de l’allée centrale,
en contrebas des chaises des fidèles.
Un sacristain vient me dire de partir…

Je descends dans la grotte.
Une messe orientale vient d’avoir lieu.
Je m’assieds sur le banc de pierre.
Le prêtre nettoie la poussière de l’autel
avec un petit balai de table.
Il plie les nappes…
Un sacristain vient ôter le panneau du fond de l’alcôve
et découvre une voûte brûlée…
Le sacristain me fait signe de me lever,
plie le petit tapis qui recouvre mon banc
et s’en va.

Silence… Je suis seul.
Une petite fille descend difficilement des marches trop grandes pour elles,
s’arrête, soulève une tenture pour regarder en-dessous,
continue. Arrive à l’étoile de la Nativité
et fait une prière… C’est beau.
Arrive sa grand-mère. Large. Trop large.
Elle a eu plus de difficulté que la petite à descendre les marches !
Elle se laisse tomber devant l’étoile,
arrive à l’embrasser,
se contorsionne,
Humecte son doigt dans l’huile d’une lampe de dévotion
et signe le front et les lèvres de sa petite-fille.

Voici un Franciscain
avec un nécessaire pour célébrer la messe.
Il décadenasse une grille entourant l’autel en face de la mangeoire,
demande à la dame de partir,
déploie un tapis
et un autre sacristain met un nouveau panneau au fond de la grotte
c’est sans doute une icône… mais rendue noire par les fumées des cierges.

La petite fille prend l’escalier de la sortie
et se hisse avec peine à chaque marche.
Un moment, elle s’arrête, se retourne et sourit.

Nés sous l’occupation

Ils ont 22- 25 ans.
Ils n’ont connu que l’occupation.
Ils parlent d’expériences d’humiliation.
Mais le sourire aux lèvres. Ils vivent.

Ils ont été à l’étranger.
Ils n’avaient jamais parlé avec des jeunes juifs
avant. Sauf aux contrôles des check points.
Ils ont découvert que ce qui leur est habituel
est insupportable.
Mais ils ont 22 – 25 ans.
Ils ont le sourire aux lèvres.
Ils sont riches de diplômes et pauvres de futur,
mais ils vivent. Et c’est bon.
Mais ils sont perdus si on parle d’avenir.

Chrétien, qui suis-je ?

L’administrateur apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem, Monseigneur Pizzaballa
est un Franciscain, Italien d’origine, parlant hébreu, anglais mais pas arabe.
Dans les faits, il est le pasteur de quatre Églises…

En Jordanie, l’Église est principalement arabe et bédouine.
Elle vit dans un pays aux frontières définies.
Les chrétiens sont minoritaires, mais ont une place…
Et accueillent d’autres chrétiens, de Syrie et d’Irak
qui ne rêvent que de les quitter :
il est vrai que les réfugiés sont trois millions (pour sept millions d’habitants).

En Israël, l’Église est originairement arabe et palestinienne.
Mais les chrétiens sont, se sentent Israéliens,
et le vivent sans autre discrimination qu’économique :
ils bénéficient des mêmes avantages que les autres Israéliens.
Pourtant, ils vivent dans un environnement juif
et se doivent d’accueillir des travailleurs pauvres catholiques…
Qui ne parlent pas la même langue liturgique qu’eux…
Eux prient en arabe, les migrants en hébreu.

En Palestine, les chrétiens sont arabes
et vivent dans un « État » (depuis 2012) au caractère mal défini,
aux frontières non reconnues,
et aux avantages sociaux nuls.
Ils attendent de l’Église éducation et soutien social
et comprennent mal que l’Église se fasse accueillante à d’autres pauvres qu’eux.
Les chrétiens de Gaza survivent sous un régime autoritaire,
alors que ceux de Cisjordanie bénéficient du « Concordat » de 2015.
Mais les uns et les autres sont une petite minorité dans un pays arabe.

Chypre est une île européenne. Chrétienne. Orthodoxe.
Divisée.
Elle utilise deux langues : le grec et le turc.
Les catholiques sont minoritaires
et, eux aussi, doivent faire face à un grand nombre de réfugiés.

L’archevêque… doit mener quatre pastorales différentes
car, dans chaque partie de son diocèse
le contexte est différent, la langue est différente, la société est différente.
Et, pour compliquer l’affaire…
Certaines des parties de son diocèse sont en guerre
et il est difficile de circuler entre elles.



Exemples

- Une classe d’élèves habitant dans une « colonie »
(ces villes établies en territoire palestinien par les Israéliens
au mépris de la loi internationale)
vient visiter une ferme palestinienne :
le maître, devant le propriétaire palestinien
dit à ses élèves :
« vous pouvez prendre les légumes que vous voulez,
La terre est à nous. »

- La colonie est entourée d’une barrière
qui est située à la limite du territoire confisqué pour l’établir.
Pour des raisons de sécurité,
personne ne doit s’approcher à moins de trois mètres,
même les légitimes propriétaires.
Au bout d’un certain temps,
les propriétaires n’ayant pas utilisé le terrain,
la loi permet à l’État de s’en rendre propriétaire
sans dédommagement
et la barrière avance de trois mètres…

- Des personnes décident d’annexer un lieu.
Elles envoient des jeunes faire du désordre.
Les propriétaires protestent.
S’il y a de la bagarre, ils sont perdus !
Les jeunes Israéliens, dépendant de la loi civile,
ne peuvent rester en garde à vue plus d’une journée.
Ils sont assistés d’un avocat.
Les jeunes Palestiniens dépendent de la loi militaire.
Ils peuvent être en garde à vue quatre jours. Sans avocat.

Un ami juif explique

- Pourquoi devient-on colon ?
- Il existe trois sortes de colon…

  • ceux qui vont dans les colonies parce que
    l’habitat y est beaucoup moins cher
    car subventionné.
    • ceux qui vont dans les colonies pour
    la qualité de la vie : ces colonies sont
    « à la campagne », dans des lieux
    bien choisis.
    • ceux qui veulent habiter dans les
    colonies par idéologie.
  • les évolutionnistes :
    ils pensent que, petit à petit,
    mètre par mètre, en multipliant
    les colonies, les juifs finiront
    par occuper toute la Palestine.
    Souvent, ils sont sécularisés et
    respectueux de l’État.
  • les « révolutionnistes » (sic) : en quelque
    sorte, ils veulent forcer le Messie
    à revenir plus vite.
    Pour eux, l’État juif n’est qu’un
    moyen. Ils sont donc
    prêts à s’opposer à l’État juif
    pour rester.

Une ville fantôme

Hébron.
Le cœur du pays de Juda !
Hébron est une ville marquée par la mort :
Abraham a acheté, ici, un terrain pour enterrer Sara.
Il y est enterré avec ses descendants.
La capitale de David. Bientôt abandonnée.

Hébron, ville où les juifs et les arabes coexistaient
jusqu’au massacre de 1834 –dirigé contre des arabes-
par les soldats égyptiens d’Ibrahim Pacha.
La vie avait repris jusqu’aux massacres de 1929,
où 67 juifs sur 750 furent tués par des émeutiers arabes.
La vie avait encore repris. Mais juifs et musulmans séparés,
les juifs habitant Kiryat Arba, une colonie jouxtant la ville.
L’imam local exile alors les musulmans.
Un mort du Hamas avait marqué les esprits.
Un médecin juif, Baruch Goldstein, ouvre le feu dans le tombeau des Patriarches.
Il abat 29 Palestiniens,
en blesse 125 autres.
Il fut battu à mort sur le champ par les autres fidèles
et enterré avec honneur à Kiryat Arba.

À côté de Kiryat Arba, 5 autres colonies se sont développées
(Al Shalal, Tel Rumeida, Beit Romano, Abraham Avinu,
Givat Ha’evot).
Hébron a 200 000 habitants palestiniens, 9 000 juifs colons officiels
et 800 colons « non légaux ».

Mais pour les protéger, le gouvernement israélien
(en pleine zone palestinienne) emploie 650 militaires,
interdit la circulation dans tout l’ancien centre-ville,
ferme 1875 boutiques…
Et rend ce centre désert,
occupé seulement par le bruit des bottes…

Pour obtenir la « sécurité »…Les militaires font tout pour faire peur aux arabes :
maison ouverte à deux heures du matin,
tirs à l’aveugle dans la direction supposée d’un départ de feu.
Bref, ils font sentir leur présence…
Les colons –illégaux- sont protégés par le droit civil.
Les arabes sont soupçonnés de terrorisme par le droit militaire.

Le résultat est que la ville –partout si sécurisée-
Est dangereuse.
D’après un soldat israélien, c’est la sécurité même
qui crée l’insécurité…
Et pourtant, ce soldat n’oubliait pas l’action du Hamas !

Un jeune, short, kippa, fait son jogging.
Que pense-t-il ?
Croit-il en Dieu ?
Croit-il en la Promesse ?
Sait-il le prix de sa protection ?
Sait-il le malheur qu’il engendre ?
Qu’est-ce qu’être juif aujourd’hui ?
Qu’est-ce qu’être un fils de la Promesse ?

Hébron est toujours une ville de la mort !



Nous refusons d’être des ennemis
(la Tente des Nations)

Le vent.
(Nous sommes à 900 mètres d’altitude au sommet d’une colline).
La Méditerranée se montre quelquefois
mais les collines alentour se détachent
sur d’autres collines… qui en encadrent d’autres.
Autour de la propriété de la famille Nassar
chaque colline proche est surplombée d’une colonie ;
au creux du vallon se réfugie encore un village palestinien
que s’apprête à dévorer une ville de 40 000 habitants.

Le vent.
Il faudrait des mots de silence,
des mots chatoyants et insaisissables
comme le bruissement des oliviers (vert, bleu ?),
des mots qui ouvrent le cœur
aux dimensions du ciel
pour entendre venir la paix.

Le vent.
Nous sommes en pleine Palestine,
à 9 kilomètres de Bethléem !
L’armée israélienne veut ce terrain depuis 25 ans.
Elle veut posséder le vent…
Elle a détruit des oliviers
et fait prisonniers les mots.
Mais des amis (juifs, souvent) ont replanté des oliviers
et le vent leur murmure encore des secrets.

Le vent.
Il a buriné le visage des frères Nassar
et de la vieille mère…
L’armée leur demande de détruire. De ne pas construire.
Ils creusent… vivent en troglodytes
et laissent le vent passer son chemin.

Le vent
favorise qui prend sa responsabilité
et ne rompt pas.
Le vent est libre.



Une si longue histoire…

Nous aimerions la paix,
nous voulons la paix en Terre Sainte…
Et, chaque année, la paix semble s’éloigner.
Faut-il se fatiguer à redire les mêmes choses ?

Comment venir ici sans laisser monter en soi
le besoin de crier, de hurler ?
Comment peut-on, à l’autre bout de la Méditerranée,
laisser perdurer des situations comme celles que nous avons vues
à Gaza, à Hébron, à Beit Jala, à Jérusalem ?
Comment accepter cette espèce de lassitude
que l’on sent lorsque l’on parle de ces pauvres-là ? …
Laissez-nous avec la Jordanie, l’Irak et le Syrie,
c’est déjà assez pour nous !

Oui, mais cela fait cinquante ans,
cinquante ans d’occupation, d’humiliation,
de non responsabilité sur ses propres affaires.
Cinquante ans… cinquante ans !

J’entends dire :
créons deux États : Israël et la Palestine.
Ce serait une manière discrète d’effacer le péché originel
d’un Israël qui s’impose (pour de bonnes raisons)
et de faire reconnaître aux uns et aux autres la réalité de l’autre.

Peut-être, mais, pour faire un État, il ne suffit pas d’un territoire.
Il existe des problèmes sociaux, politiques, économiques, militaires.
Est-ce possible, dans un territoire quadrillé par les colonies,
et où tous les pouvoirs sont dans la main d’Israël ?
Est-ce possible, sans se poser la question des frontières,
du Mur, des cheminements sécurisés, de la sécurité, des colonies ?

Le Hamas a changé.
Il est probable qu’il peut accepter la paix.
Mais peut-il se libérer des « affaires » ?...
Quelle personnalité pour remplacer Abou Mazel au Fatah ?
Les questions fusent…

Visiblement, le gouvernement israélien ne veut pas de deux États.
Il fait tout pour rendre la situation ingérable.
Peut-être simplement faut-il lui demander ce qu’il veut
Et nous situer par rapport à ses désirs ? En les acceptant. En les refusant.
Si on les refuse, être conséquents avec nous-mêmes.
Nous sommes pour deux États.
Nous n’avons pas besoin d’Israël pour reconnaitre la Palestine.
Et définissons que nous ne reconnaissons le pourvoir d’Israël
que dans les limites des traités internationaux.

Et si les Israéliens veulent avoir un État juif
(ce qui doit être interprété, car cela peut être une volonté de retour à la source,
À l’inspiration première du sionisme)
disons le danger de créer une confusion entre
anti gouvernement et anti-sémitisme.

Et si…
(plutôt que de faire des suggestions qui ne sont pas suivies)
Peut-être est-il temps de prendre nos responsabilités
et de devenir cohérents avec nos principes.

Voisinage

Le monde appelle ces villages (ou ces villes) des colonies
ou, en anglais, des « settlements ».
Notre ami juif les appelle des « neighbourhood »,
des « quartiers », des » banlieues », si l’on veut.
La ville de Jérusalem a une politique simple.
Évidente.
Elle s’est beaucoup agrandie depuis vingt ans
pour englober tous les sommets des collines environnantes,
et construire des « quartiers » nouveaux tout autour de la ville
pour que ces quartiers dessinent une conurbation continue
et empêchent que les Palestiniens aient un jour
- s’il y avait deux États-
un accès propre à la ville.

Le problème est que les Palestiniens sont 300 000
(sur une population de 800 000 habitants).
Alors, la ville fait tout pour en limiter le nombre…
Absence de plan d’occupation des sols
dans lesquels il est interdit de construire,
restriction du nombre d’écoles, d’hôpitaux,
interdiction de construire plus de deux étages,
menace sur le statut de « résident permanent »
(en fait un statut de citoyen de seconde zone…).
Je passe la multiplication des démarches obligatoires
et inutiles…

Et surtout…
Nos amis juifs occupent les colonies,
mais ils ne pensent pas à mal.
Ils ont acheté – loué.
Ils ne connaissent pas l’histoire
et ne savent pas que les terrains
sur lesquels ils habitent
sont souvent le fruit de véritables spoliations
(on perd sa propriété si on n’y habite pas
mais l’armée vous interdit d’y habiter…)
Nous avons parcouru les hauts de Jérusalem,
vu la qualité de l’habitation des uns,
les difficultés des autres…
Nous avons vu les protections que les juifs
sont obligés de prendre pour se protéger
et nous avons compris leurs problèmes…

Mais ils ne semblent pas avoir compris, eux,
l’hostilité du voisinage.

Qu’est-ce qui fait un peuple ?

La réponse sort d’un jet : un peuple –le peuple juif,
c’est une religion, une souveraineté, une langue, un pouvoir, un territoire.
Le tout est indivisible (notre interlocuteur pense aussi : une histoire).
Je n’ai pas le temps de poser la question des Israéliens arabes,
musulmans ou chrétiens.
Et le jet continue :
nous sommes au chapitre 3 de l’histoire d’Israël.
Le premier, de 1948 à 1967, est celui de l’acquisition de la sécurité.
Les fondateurs sont socialistes, attentifs aux plus pauvres, séculiers.
Le deuxième, de 1967 à 2012, est celui de la possession de la terre.
Begin et des successeurs sont des capitalistes libéraux qui n’écoutent pas la voix des minorités.
Le troisième est centré sur le Temple. Nous assistons au retour du religieux.
Il était enfoui. Il revient.
Au fond, le Sionisme était un Messianisme. Et nous avons la conviction que Dieu n’est jamais muet lorsque l’on parle sa langue. Mais Dieu change tout le temps. Et il faut l’écouter aujourd’hui.
À vrai dire, le christianisme semblait marquer l’histoire. Mais, aujourd’hui, le christianisme est dans la même situation que le Peuple juif en Exil, et nous avons conscience que c’est notre tour. Nous sommes à la pointe en tout.
Le religieux revient. Et c’est nous !
Et plus le religieux revient en force, plus il est difficile de s’entendre. On ne négocie pas avec Dieu.
Comment apprendre à aller au même puits ?

Une passe ratée

Bloqués dans un embouteillage.
En pleine côte.
Sur le trottoir, des jeunes esquissent des gestes de rugby.
La passe arrière rate.
Le ballon arrive droit sur la passagère arrière d’un scooter.
Elle bloque.
Fait rebondir le ballon.
Et renvoie aux joueurs…



Il a été enterré ici

Le cénotaphe du Saint Sépulcre est en réfection,
entouré de palissades gris souris
qui cachent un matériel important.
Mais on peut entrer dans l’édicule.
Il faut se pencher.
Dans la première pièce, une sorte de guéridon central
en pierre,
une simple bougie,
d’épais rideaux en pierre masquent l’entrée
vers le tombeau.
Deux dalles de pierre polie, ambrées, au cours des siècles,
par les mains de pèlerins,
un haut-relief,
un Christ ressuscité
qui semble amorcer un pas de danse.

Comme si…
Comme si le souffle de vie
qui traverse la Création
avait enfin pris le cœur de l’homme.
Ici !

Dialogue interreligieux

Ils sont chrétiens et musulmans.
Ils prient tous les jours ensemble
et le font toujours en chantant
(les cantiques sont d’origine chrétienne,
mais les paroles qui pourraient choquer
ont été transformées).

Leur maison est à deux pas de la basilique de Bethléem.
C’est une belle maison bourgeoise.
Racheté en 2012. Aménagée depuis.
Cette maison est celle de l’Arche.
28 handicapés s’y retrouvent chaque jour,
à la palestinienne.
C’est-à-dire qu’ils n’y habitent pas :
ici, il semble impossible de ne pas vivre en famille
mais ils sont ensemble de 8 heures 30 à 17 heures
Et ils travaillent…
Avec la laine (que l’on jette d’habitude)
ils fabriquent des objets, des crèches,
Des cœurs…
Et ils les vendent.
Certes, ils sont nourris gratuitement,
certes, ils ne paient rien pour les professionnels
et les 8 bénévoles,
mais ils ont un peu d’argent de poche
et en sont fiers…

Deux volontaires sont Français…

Il y a beaucoup de joie
et l’on parle beaucoup de Dieu.


Dieu et mon droit

Lorsque la Grande-Bretagne a quitté le gouvernement de Palestine,
les armoiries officielles du Royaume-Uni
ont été transportées de chez le gouverneur à la cathédrale Saint-Georges de Jérusalem.

Elles sont là, imposantes,
dans un lieu qui sent bon l’Angleterre…
Certes, l’évêque est Palestinien
mais le décorum est typiquement britannique,
et le chanoine qui porte haut la crosse de l’évêque
semble faire partie de la famille royale.

La cathédrale est au cœur d’un complexe :
un centre d’accueil,
une école, un collège de grande réputation,
des salles de réception.

Le jardin est soigné. Le gazon est vert
et la tour du clocher crénelée.

Mais…
Mais l’important c’est –aussi différent soit-on-
de prier ici. Avec les anciens maîtres du pays,
avec les chanoines palestiniens,
pour le bonheur de ceux qui y habitent aujourd’hui.
Une prière large, généreuse. Belle.



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Retrouvez le communiqué final publié par la coordinations des évêques de retour de Terre Sainte. Lire


Photographies - © Mazur/catholicnews.org.uk

Les clefs de l’Église – Les prêtres venus d’ailleurs
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La Croix