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Chrétiens orientaux, refuser la démission

L’actualité de ces dernières semaines fait parler à propos des chrétiens – et, notamment, des chrétiens en pays à forte présence musulmane. Le récent Synode a joué un rôle important pour permettre des prises de conscience. Bagdad, Alexandrie, chute du gouvernement Hariri au Liban ; à l’émotion succède une attitude de démission : « Le drame est devant nous et, malheureusement, nous n’y pouvons rien, si ce n’est manifester bruyamment notre indignation. » C’est cette attitude de démission qui m’indigne. Pourquoi ?

D’abord parce que, alors que nous nous lamentons devant nos télévisions, beaucoup de chrétiens du Moyen-Orient ne baissent pas les bras et vivent dans l’espérance. Il m’a été donné de rencontrer, la semaine dernière, des religieuses d’une vingtaine de congrégations, vivant en Palestine. Elles ne nient pas les difficultés de la vie quotidienne, elles savent les risques qu’elles courent (même si en Israël ou en Palestine il n’existe pas de persécution des chrétiens). Mais elles vivent. Et se mettent au service de la vie. Faut-il vraiment leur laisser croire qu’elles ont tort ? Certes, des chrétiens quittent le Moyen-Orient mais, le plus souvent, ce n’est pas la persécution qui les fait partir, c’est le manque de travail.

Cette attitude de démission m’indigne parce qu’il y a « quelque chose » à faire ! Le président de la République, lors de ses vœux aux autorités religieuses, a affirmé : «  Nous ne pouvons pas admettre ce qui ressemble de plus en plus à un plan, particulièrement pervers, d’épuration du Moyen-Orient, d’épuration religieuse. » Donc, il faut agir, et agir politiquement. Prenons deux exemples d’actions possibles.

La France peut – en raison de son histoire et de son rang dans le monde – souhaiter, encourager, et même faire pression pour que des garanties juridiques soient données aux différents groupes religieux vivant au Moyen-Orient. Sait-on, en France, que des accords ont été signés en 1993 entre l’État d’Israël et le Vatican (accord nommé "fondamental agreement" ), et que ces accords n’ont pas été ratifiés par la Knesset et qu’ils n’ont pas reçu de décret d’application, parce qu’Israël ne veut pas respecter la liberté pastorale de l’Église sur les lieux saints… jusqu’à chercher à considérer les pèlerins comme des touristes à mettre sous la responsabilité du ministère du tourisme ? Israël, aujourd’hui encore, est tellement rigide dans ses mesures de sécurité qu’il rend la cohabitation impossible entre les chrétiens mariés originaires, l’un de Jérusalem-Est, l’autre de Palestine et dont les familles se connaissent et habitent à quelques kilomètres l’une de l’autre. Ne peut-on vraiment rien dire ? Ne peut-on vraiment rien dire à l’Autorité palestinienne lorsque des négociations entamées en 2000 semblent bloquées sur la reconnaissance de la possibilité de se marier avec quelqu’un d’une autre religion que la sienne ou de se convertir ? Ne peut-on rien dire quand les centaines de milliers de migrants chrétiens sont dans l’impossibilité de pratiquer leur foi en Arabie saoudite ?

Dans ces pays, en s’engageant fortement pour une vraie liberté religieuse, la France défendrait autant les athées, les musulmans que les chrétiens. En ne le faisant pas, elle admet, de facto, que la loi du plus fort est incontournable et, en conséquence, se prive du droit de protester lorsqu’un drame arrive.

La deuxième action possible est dans le domaine de l’éducation et de la formation. Que peuvent savoir les jeunes musulmans de la foi chrétienne ou de la foi juive à partir de leurs livres de classe ? Malgré les efforts faits en Israël, dans certaines écoles d’État, que peut savoir un jeune Israélien à propos des musulmans et des chrétiens ? Il n’est pas exagéré de penser que le contenu des livres de classe au Moyen-Orient a tout d’une bombe à retardement. Or nos centres culturels, par exemple, pourraient aider pour que ceux qui veulent connaître les religions aient les moyens de le faire honnêtement. Le problème est difficile… mais notre ministère des affaires étrangères y prête-t-il attention ? Mais il ne sert à rien de geindre si nous aidons les extrémistes en dénigrant la foi qui fait vivre ceux qui les entourent.

L’attitude de démission m’indigne enfin parce qu’elle n’est pas chrétienne. L’évêque maronite de Damas écrivait après le drame de Bagdad : « Il s’agit de soutenir les chrétiens d’Orient à rester attachés à l’Espérance et continuer à témoigner du Ressuscité dans un esprit de dialogue, d’ouverture et de pardon. »

Il y a certainement beaucoup à craindre du fondamentalisme, du laïcisme, du refus de l’autre, mais, à la suite du Christ, contre ces maladies sociales, les armes du chrétien ne peuvent être que celles qui promeuvent la justice et l’équité, qui donnent confiance à chaque peuple en permettant à chacun d’avoir de l’estime pour soi-même. Estime qui dépend largement de notre regard.

Il est évident que le Moyen-Orient est le lieu de concentration de mille problèmes… que la mondialisation a plutôt tendance à exacerber : il n’y a qu’un regard fraternel (même s’il doit être exigeant) qui puisse faire évoluer la situation. Cette fraternité a sa source dans la Croix du Christ. Et notre Espérance – celle dont nous voulons témoigner – est née de la victoire du Christ sur la mort. Victoire inattendue, même par ses plus proches. Victoire définitive.

+Mgr Michel Dubost
évêque d’Évry-Corbeil-Essonnes,
président de Justice et Paix-France
© La Croix du 26 janvier 2011

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