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Janvier 2012 - Cartes postales de Terre Sainte


Migrants en Israël

Contrairement à ce que l’on pense, le nombre de chrétiens (154 000, soit 2% de la population), et des catholiques en particulier, semble augmenter (chrétiens, 0,9% par an ; juifs 1,7% ; musulmans, 2,7%) en Terre Sainte : certes, beaucoup de chrétiens arabes quittent le Proche-Orient. Mais d’autres chrétiens arrivent. En Israël, on trouve au moins 220 000 travailleurs étrangers (Philippins, Thaïs, Indiens, Sri Lankais, Européens de l’Est, Américains du Sud), 30 000 demandeurs d’asile (Erythrée, Soudan, Côte d’Ivoire, Somalie, Congo). 100 000 de « russes » habitent aussi entre Acre et Eilat, dont 1/3 ne sont pas juifs et dont, officiellement, 10% sont chrétiens.

La majeure question, du point de vue ecclésial, est l’avenir : les enfants de ces migrants sont éduqués dans le système scolaire juif, avec des livres souvent critiques à l’égard de la foi chrétienne, dans une culture juive. A vrai dire, une commission américaine semble avoir pris conscience du problème, et étudie la manière dont l’ensemble du système scolaire est ouvert à « l’autre ». Le taux de chômage des chrétiens (de plus de 15 ans) est de 4,9 %. Ce n’est pas forcément le travail qui pousse les chrétiens à l’immigration, mais les conditions de travail (les chrétiens sont en proportion plus diplômés que les autres) et, surtout, le logement.


L’accord Vaticano-Israëlien

L’État d’Israël et le Vatican ont établi des relations diplomatiques en 1994 et négocient depuis lors, et spécifiquement depuis 1999, le contenu d’un « fondamental agreement » accepté par les deux parties quant aux principes, mais jamais ratifié par la Knesset.

Pour Israël, les positions sont claires :

  • Il conviendrait de traiter le rapport entre l’État et l’Église catholique avec les autorités ecclésiastiques sur place (évidemment dispersées et plus accessibles aux pressions), plutôt qu’avec le Vatican.
  • Il convient que les catholiques acceptent la responsabilité globale de l’État d’Israël… en Israël… par exemple, le droit pour Israël d’être maître de son tourisme et d’imposer des guides patentés par Israël aux pèlerinages.
  • Il convient que les institutions catholiques payent leur part d’impôt.
  • Il est probable aussi qu’au travers de problèmes fiscaux (ou autres) dans les territoires occupés, l’État d’Israël veuille une certaine reconnaissance de la légitimité de son occupation.

Quant à l’Église, ses demandes sont aussi claires :

  • Elle veut une réglementation de la fiscalité qui soit telle qu’elle puisse payer. Elle demande l’absence de « taxe d’habitation » pour les sanctuaires, les cimetières, les couvents et monastères et leurs dépendances, à condition que celles-ci fassent partie du même terrain. Pour le reste, œuvres sociales, écoles, dispensaires, elle demande une taxation équivalente à celles payées par les « associations » (33% de la normale).
  • Elle souhaite que le clergé bénéficie de la sécurité sociale (en particulier, en ce qui concerne les soins médicaux), que ce clergé soit autochtone ou non. Elle souhaite aussi qu’il ait, comme les autres citoyens, droit à une retraite.
  • Elle souhaite que l’accord, lorsqu’il sera signé, annule toutes les impositions (illégitimes à ses yeux) que les municipalités notamment ont voulu faire peser sur les biens de l’Eglise. Le « fondamental agreement » prévoyait que rien ne serait payé tant que l’ensemble ne serait pas signé.
  • Elle souhaite récupérer le lieu saint du « Cénacle ».
  • Elle aimerait régler au plus vite les questions concernant les écoles et le travail social.
  • Elle veut régler la question des permis de séjour du clergé. La législation israélienne ne connaît pas le statut de résident permanent… aussi, il semblerait bon d’obtenir des permis d’un, deux, ou même cinq ans.
  • Elle veut la liberté totale d’animer les pèlerinages comme elle l’entend, et avec qui elle veut.

La négociation doit naviguer entre bien des écueils (politique intérieure, impact sur les autres Eglises et communautés religieuses, règles administratives d’un jeune Etat, conséquence pour la « souveraineté » palestinienne, etc. etc.).

Il nous a semblé que, malgré tout, et pour le moment… l’espoir d’arriver au but est présent chez les négociateurs des deux parties.


Visite au Patriarche arménien

L’homme est vieux. Très vieux.
La pièce est immense. Longue. Il est au bout, sur un trône.
Devant lui, un déambulateur.
On lui passe le micro.
Il parle. Cherche ses mots. S’arrête. Tremble.
S’excuse… « Le corps ne suit plus les idées  ».
Nous buvons un petit alcool, puis un café (avec un chocolat).
Sommes-nous gênés ou émus ? Je ne sais.
L’adjoint nous parle…
Demain, c’est la saint Jacques.
Le corps de saint Jacques est à Compostelle,
la tête est ici.
Nous avons besoin d’être ensemble pour être apôtres.
Un autre archevêque nous accompagne vers la sortie,
il veut nous faire visiter la cathédrale.
Une femme, qui doit préparer pour la fête de demain,
ouvre la porte, dit non. Ferme la porte. Nous restons dehors. Cois.
Le Nonce, les évêques catholiques, les autres partent…
Que dire ? Sourire quand même ?


Ibilillin

Ibilillin n’est pas loin de Nazareth.
Une jeune arabe y est née.
Jean-Paul II en a fait une Bienheureuse.
Monseigneur Elias Chacour, l’archevêque melkite, lui aussi, est né là.
Il y a construit « son » collège.
Il nous montre une fresque dans la salle de réunion,
une étoile de David, une Croix, deux traits verts…
Une immense ode à la paix…
Il s’est fait lui-même représenter, en plus jeune,
au milieu de mains qui se serrent.
Mais son chef-d’œuvre, c’est l’église.
Une iconostase « écrite » à Londres…
Une icône de la Bienheureuse locale, une autre de Jean-Paul II,
une icône sur chacune des Béatitudes.
Nous y rencontrons des Druzes, des musulmans,
des musulmans « ahmadiyya » ( ?), un rabbin,
et, sous la présidence des trois évêques catholiques,
nous menons un colloque interreligieux rapide (une heure)
sur l’éducation à la paix : sympathique.


Ramallah- Jérusalem

Le bus s’arrête dans la file,
attend le passage au check point.
Il pleut. Il fait froid.
« Combien de temps va-t-on mettre pour passer ? Une demi-heure ? »
Le chauffeur répond : « Peut-être ? Peut-être une heure. »

Lentement, nous avançons.
Un marchand de fraises se trouve entre les deux files.
Il montre ses fraises : énormes.
Il gêne le bus mais, au fond, nous avons le temps.

Pour se présenter au check point,
des files de quatre voitures sont constituées,
qui sont inspectées une à une.

Mitraillette en bandoulière,
la jeune militaire monte dans le bus,
son collègue la suit…
Le chargeur de son fusil mitrailleur est collé au chatterton vert.

Arrivent quelques militaires autres.
Sac rouge, sac en plastique sur le dos ou à la main.
Notre « inspectrice » en appelle un,
il échange son sac contre un fusil.

Elle demande nos passeports…
Les inspecte. Cela ne semble pas lui plaire.
Elle appelle son chef ( ?).
Elle rassemble nos passeports.

Le chef arrive, dit qu’il manque un passeport,
puis se ravise. Il manque un visa.
Il fait placer le car sur un parking,
et nous attendons.

Au bout d’une heure,
nous affirmons vouloir retourner à Ramallah.
Récupérons les passeports. Partons.

Au check point suivant,
ils examinent nos passeports.
« Tout est en règle, passez. »…
Cela a pris moins de cinq minutes.


Echos d’Israël

Chacun sait la complexité de la situation.
Chacun connaît la sensibilité des parties prenantes du conflit.
Aussi ne me hasarderais-je à aucun diagnostic et encore moins à un pronostic.
Cela dit, d’année en année, certaines évolutions apparaissent.

Pratiquement à chaque instant de notre voyage, nous avons parlé de l’extrême droite israélienne. Elle n’est pas née d’hier, et il est probable que l’attention que nous portons au sujet a favorisé un certain nombre d’observations et de discussions.
De fait, massivement, la société israélienne vote à droite… et, de ce point de vue, l’actuel Premier Ministre apparaît être plutôt au centre de l’échiquier.
Autrefois, l’extrémisme orthodoxe ne pesait pas lourd quand le parti travailliste était la colonne vertébrale d’un régime qui n’a pas de Constitution. Les « religieux » ultra-orthodoxes avaient quelques privilèges. Ils étaient quatre cents (peu d’impôt, pas de service militaire). Ils sont 80 000 et ils sont très prolifiques. Il ne faut sans doute pas les confondre avec les colons, même si certains colons sont ultra-orthodoxes (les colons sont, pour une partie, des personnes qui n’auraient pas où aller si elles devaient quitter les colonies).
Le gouvernement a besoin de leurs voix et de ceux qui leur sont proches. Ils bénéficient de l’absence d’un vrai projet de société.

Leur idéologie est simple.
« Nous sommes le seul Peuple élu. »
« La terre appartient à Israël. »
« Tous les non-juifs n’y ont pas leur place. »

Il n’est pas question ici de refuser le « mystère » d’Israël. Israël est le Peuple élu. Mais élu pour quoi ? Pour qui ? Le particularisme des orthodoxes a absorbé tout l’universalisme de la Bible.
Je pensais à cela quand des enfants, regardant nos cols romains et nos croix, nous faisaient le geste de nous mitrailler.

A vrai dire, ces ultra-orthodoxes commencent à inquiéter la majorité de la population, car ils peuvent se faire violents pour imposer leur manière de voir. Un Israélien juif me disait en riant : « nous allons vers la solution de deux États, deux États juifs, l’un, fondamentaliste, à Jérusalem, l’autre, démocratique, à Tel Aviv. »

Évidemment, l’autre nouveauté est le printemps arabe et les modifications de l’environnement politique d’Israël. Israéliens et Palestiniens affirment, en chœur, ne pas craindre la démocratie des autres, à terme. Mais, pour les Israéliens, il est clair que le printemps arabe a permis la venue au jour de minorités islamistes. Leur règle est donc la prudence. Les Palestiniens, eux, nous ont lancé un appel à respecter la démocratie, tout en nous demandant de discuter pied à pied pour aider les gouvernants (qui n’ont aucune connaissance de la démocratie) à trouver les bons réflexes… Ils pensent que c’est ce que la communauté internationale n’a pas su faire avec le Hamas, qui, ils le reconnaissent, n’avait pas de réflexe démocratique et n’a pas été encouragé à en avoir.
La plupart des observateurs nous ont dit que le moment serait très favorable à Israël s’il s’engageait enfin dans le processus de paix, avant que ses trois appuis dans la région ne chancellent (Égypte, Liban et Jordanie). Mais au fond, personne n’y croit vraiment.

Une troisième évolution se fait jour : l’année dernière encore, la solution des deux États était approuvée par le plus grand nombre et semblait possible. Aujourd’hui, les plus optimistes affirment qu’elle a été grandement fragilisée, et, pour être vrai, la plupart ne semblent plus y croire. Le négociateur de l’autorité palestinienne nous disait : « Il y a trois solutions : un seul État démocratique, deux États, un État qui pratique l’apartheid. »

Le mot apartheid a sans doute été le mot que nous avons le plus entendu cette année, il concerne Jérusalem-Est et la zone occupée (il est vrai que les Israéliens ont, non seulement construit des murs qui séparent les communautés, mais ils ont aussi construit des routes interdites aux Palestiniens, au cœur de la zone « occupée »). Chacun pense que les discussions d’Amman, même si elles doivent être encouragées, ne sont que des discussions sur des discussions, et ne sont qu’un prétexte à gagner du temps. Beaucoup pensent que les Israéliens se serviront de la période électorale américaine pour achever le bouclage de Jérusalem par une barrière d’habitations (qui double le mur) et par le nettoyage ethnique des bédouins dans une zone délicate (ces deux points étant évidemment des violations du droit international).

Faut-il être pessimiste ? Tout le monde semble l’être avec, apparemment, de bonnes raisons. Pourtant, tout ne me semble pas aussi noir que ce qui nous a été dit. Certes, une des difficultés majeures est la différence du niveau de sophistication entre l’État d’Israël et l’État palestinien. Dans les deux cas, le mot État n’a pas la même signification. Pour autant, l’organisation palestinienne avance à grands pas et semble de plus en plus capable d’assurer les fonctions d’un État. En particulier, dans la partie du territoire qui est sous sa responsabilité, elle a su éradiquer le terrorisme et établir un bon niveau de respect des droits de l’homme.

Même s’il y a des différences notoires sur les stratégies à employer, il semble que la communauté internationale ait pris conscience des droits des Palestiniens et qu’elle œuvre pour qu’ils soient respectés. Majoritairement, les sociétés israéliennes et palestiniennes souhaitent la paix… Les gouvernements doivent en tenir compte… et les discussions d’Amman en sont le signe. Enfin, même si tout n’est pas parfait, loin de là, la situation des arabes israéliens est loin d’être catastrophique.

Dire que la situation est complexe n’est pas une excuse pour ne rien faire…


Messe du matin…

Chaque matin, à Jérusalem, des dizaines de messes sont célébrées…
Dans les différents rites…
Plus tôt au Saint Sépulcre,
souvent vers sept heures ailleurs.

Une poignée de fidèles viennent ainsi prier au petit matin.
Beaucoup de religieuses
en habit, en civil (mais on les reconnaît)
des laïcs… quelques jeunes.

C’est impressionnant.
Ce sont ces gens qui permettent de dire que la terre, ici, est sainte.
Il est bon de prier en communion avec eux.


La cathédrale du Patriarche

Devant le patriarcat, une grande affiche :
une société américaine (Alayat) offre ses vœux.
« Merry Christmas » semble dire un Père Noël souriant et bouffi,
se penchant vers un petit Jésus,
un peu trop dénudé pour le froid du petit matin.

Je ne sais pas si l’on regarde ce Père Noël…
Je ne sais pas non plus si l’on regarde la crèche de la cathédrale.
Elle est belle… grands panneaux de bois couverts de tissus dorés,
personnages en tissus, dorés, eux aussi, mais un peu plus foncés.

L’ensemble, de plusieurs mètres de haut, est à étage.
En bas, dans l’obscurité, l’homme sans visage.
Une échelle, et le voici écoutant son cœur.
A l’étage supérieur, il rencontre et les anges le soutiennent.
Et, s’il monte encore, il aime (j’interprète ainsi les cœurs),
Et là, il découvre Jésus dans la crèche grâce à l’Esprit-Saint
et un immense soleil veut proclamer que le nouveau-né
est le véritable soleil…

Le petit Jésus, haut perché, appelle-t-il plus que celui qui a froid dehors ?


Dimanche du baptême du Christ

Ils sont une quarantaine. Des scouts. De tout âge :
les plus jeunes portent des drapeaux,
les plus vieux sonnent des cornemuses.
Des adolescents jouent du tambour
(celui qui tape sur la seule grosse caisse
semble frapper son pire ennemi).
Il ne semble pas qu’il existe des restrictions pour le gel dans les cheveux.

Ils nous accueillent.
Formidable tapage qui masque la fragile assistance.
Nous célébrons dans cette église, sous une belle fresque…
16 religieuses (dont 2 « Petites Sœurs » qui vont quitter Gaza : trop âgées)
17 autres personnes au début. Des hommes arrivent petit à petit.

Mais cela se remplit.
Nos scouts entrent et sortent.
A vrai dire, ils sortent plus vite qu’ils ne sont entrés :
il faut bien nous accueillir lorsque nous sortirons !

Le Nonce officie.
Le Père Georges, l’actuel curé, est à l’orgue,
au chant, à la traduction, à l’accueil…
Il est Argentin… mais il semble très aimé. Adopté.

Il rassemble la communauté… et nous parlons.
A vrai dire… d’une manière formelle.


Les grottes

La Terre Sainte est creuse…
On y trouve partout des grottes…
Grottes à Bethléem,
celle de la naissance, de la grotte du lait
celle de saint Jérôme, celle des bergers…

Grottes à Nazareth…

Tout se passe comme si la terre, voulant livrer ses secrets,
s’ouvrait, à certains endroits, pour laisser passer des messages…
Ou, comme à Jérusalem, pour laisser passer les morts
lors de la crucifixion du Christ.

Quelquefois, souvent,
dans la fente de la grotte, de l’eau coule
comme à Beit Sahour…

Évidemment, c’est un signe…
Certes, la vie aime le soleil…et, ici, elle en regorge, _mais elle naît plus profond, plus secrète
en dehors de la vue… dans le silence…

Est-ce un appel ? Appel au plus profond de soi
à creuser jusqu’à la partie fissurée en nous…


Noël

Une foule dense, cherche à entrer dans la basilique de la Nativité.
Une heure d’attente pour se recueillir dans la grotte.
Cela chuchote en russe (je pense).
Quelquefois, une voix enfle. Elle est rappelée à l’ordre.

A quelques centaines de mètres
l’église du Repos de la Vierge (la grotte du lait) est vide.
Seule une religieuse, tout en blanc, voilée
prie en silence devant le Saint Sacrement.

La foule est encore plus dense cet après-midi à Jérusalem.
Le tombeau du Christ est inaccessible…
Mais derrière, au-delà de la chapelle noircie, du tombeau du Christ,
le tombeau d’un inconnu est désert, silencieux.
La pierre a été roulée
une bougie s’éteint, doucement.

Un peu plus loin, des Franciscains chantent l’office.
Virilement.
Et Vêpres et Complies (il est 16 heures sonnantes),
Et la chapelle du Saint Sacrement est habitée.

Ce soir, nous sommes trois évêques à célébrer,
seuls. Dans le silence.
Pour nos frères orthodoxes. Pour leur joie.
Mais le cœur empli du silence des assassinés du Nigéria.


La vie

D’accord, ce samedi est jour de sabbat.
C’est aussi le Noël orthodoxe.
Mais quelle foule,
mais que d’hommes, de jeunes hommes dans les rues !

La place de Bethléem grouille
elle s’étrangle dans un marché où l’on ne peut avancer.
Hommes jeunes, hommes tranquilles, qui circulent
entre des commerçants qui hurlent…

On me dit que ces jeunes veulent partir,
qu’ils se sentent enfermés ; ils le sont, mais cela ne se voit pas.

La Porte de Damas à Jérusalem, étouffe
comme dans le métro, il faudrait des pousseurs,
pour passer son chemin.
A travers des fruits, des légumes.

Plus loin, plus au calme (à peine) des vêtements,
une échoppe de tatouage, des coiffeurs,
un cybercafé (où les jeux sont premiers),
des dizaines de vendeurs de céramiques,
de tee-shirts, de tout, de souvenirs,
un marchand de Pères Noël
(en cire, en bois, en plastique, en tissu)
qui semble faire des affaires…

On me dit que les chrétiens veulent partir.
Le Patriarche orthodoxe passe, précédé de gardes.
J’entends encore le martèlement de leurs bâtons cloutés !


Le 21

Je ne connaissais pas le 21.
C’est un bus.
Il part de la Porte de Damas (réaménagée)
et va à Bethléem par Beit Jala.

C’est un bus comme les autres.
Son parcours est d’une beauté surprenante,
il aime les cimes et les panoramas.

Seulement, voilà :
c’est un bus pour touristes (peu connu par eux)
et pour arabes israéliens (la fameuse I. D., carte d’identité).
Les autres n’y ont pas droit.

Alors, on longe le malheur,
le mur, toujours aussi haut des deux côtés,
mais dont la montée est penchée vers la Palestine,
pour être encore plus inaccessible.

Les deux voitures de police qui, devant nous,
coincent une voiture palestinienne.
Et un Palestinien du bus est emmené au check point…où ?
On semble l’attendre. Il revient.

A l’arrivée, une affiche souhaite Noël :
A Christmas of hope
« Pray for the freedom of palestinian people.  »


And the flag…

Elle s’appelle Laïla.
C’est une grande et belle femme. Palestinienne de Bethléem.
Elle invente.
Elle invente pour que les chrétiens restent à Bethléem.
Elle a fondé une agence de voyage (4 salariés, 4 bénévoles).
Elle invente.
Elle a fondé la Maison de Sainte Marthe.
C’est une sorte de club de vieilles dames
où elles peuvent raconter leur histoire,
les bouleversements de leur vie…
Mais aussi où elles peuvent se faire coiffer
manucurer…
Se faire « belles ».
La beauté extérieure compte…
Mais leur vraie beauté, c’est le sourire.
La joie.
Laïla invente.
Elle a tellement besoin de voir vivre son pays :

« Quelle joie d’être reconnue à l’U. N. E. S. C. O….
Vous ne pouvez pas vous imaginer
Avec les autres, être là ! C’est un premier pas.
And the flag ! »



Epiphanie

«  Debout, Jérusalem ! Resplendis. Elle est venue, ta lumière…  »
L’apostrophe d’Isaïe m’habite, alors que le rasé du service de sécurité israélien me bouscule pour frayer son chemin.
Elle me revient à l’esprit quand, au sortir de l’aéroport, la première voiture aperçue est couverte d’une publicité « Think green » et qu’au péage de sortie, les recommandations sont affichées en hébreu, en anglais et en russe (le russe me semble être une nouveauté). Sont-ils si nombreux et si mal assimilés qu’il faille parler leur langue pour être compris en matière de sécurité ?
Elle me revient lorsque, dans la dernière clarté, se découpent sur le ciel déjà obscurci les clochers, les minarets, les coupoles et les cyprès de la ville.
Elle me revient lorsqu’une fois encore, dans la solitude de mes promenades nocturnes, je croise quelques femmes voilées et quelques hommes qui parlent à leur portable.
Elle me revient… Mystère de la Promesse de Dieu qui demande au regard d’aller au-delà.
Près de la 8ème Station


Quatre vieux jouent aux cartes…

Les touristes sont partis.
Ils sont au calme, ou presque.

Un grand Père Noël (2, 20 mètres), gonflable,
surveille de loin leur jeu.
Une vieille, toute penchée, se tourne vers une croix
et lui lance des baisers.

Un groupe de jeunes dévale,
s’invectivant au sujet de je ne sais quelle embrouille.
Le muezzin chante parfaitement l’appel à la prière du soir,
et je prends doucement la Via Dolorosa,

Le chemin du Christ vers la Croix.


Rencontres

L’ordre règne à Gaza. A cause du Hamas.
Et c’est pourquoi il est difficile de parler.
Chacun reconnaît certains avantages et se tait.

Bien sûr, on apprend facilement
que les Israéliens refusent de donner des permis aux 16-35 ans,
(ces fameux permis qui permettront de visiter la famille)
tandis que le Hamas pourchasse ceux qui reviennent avec de l’alcool.

Mais on pressent que les problèmes ne sont pas là.
Il y a 200 catholiques
(180 élèves dans des écoles qui relèvent de l’Église,
mais tous les enfants ne vont pas à cette école).
Et les catholiques et les chrétiens connus comme tels
ont du mal à trouver du travail
et à être entendus.

Il est clair que la discrimination existe
mais avec des formes.
L’aide massive des chrétiens de l’extérieur
apparaît comme un don.
L’impôt de la dhimmitude.


Petit Jésus électrique

C’est ainsi :
la guirlande s’allume et s’éteint alternativement.
Quelques secondes lentement,
puis, de plus en plus vite.

A Sainte Catherine, c’est un sapin qui s’éclaire,
à la Grotte du lait, c’est le Petit Jésus.

Je ne sais pourquoi,
il me donne le tournis.


La route

Comme chaque matin, la sortie de Jérusalem est difficile.
Embouteillages… comme ailleurs.
Puis, petit à petit, l’on prend du recul,
et, de haut, on voit des pans de ville blanche…

L’autoroute, la route est bonne
et franchit sans encombre les collines de pins et de rocailles.
Il n’y a pratiquement pas de mur par ici…
Et, bientôt, des vergers d’oranges (et de citrons),
du blé d’hiver verdissant. Des cyprès.

Plus loin encore des eucalyptus, des palmiers, des cactus,
des petites tourterelles,
des touffes de bougainvillées et des figues de barbarie

Et des militaires… sac sur l’épaule.
Ils rejoignent, sans doute, leurs casernes,
et se croisent sans se regarder.

« Welcome to Erez crossing ».
Le bâtiment est tout moderne.
Il n’y a quasiment personne
sauf Danièle, qui regarde en souriant nos passeports… Rapidement.
Nous entrons dans un sas de béton impressionnant.
Nous en sortons sur une vague route de no man’s land.
Nous longeons un couloir de grillage de plusieurs centaines de mètres
au milieu, une voiture de handicapé abandonnée.

Nous entrons dans un autre monde.
Il nous faudra en sortir avant 14 heures 30 : le passage ferme !


Gaza

On entre par le tiers monde à Gaza.
Sortant d’Israël, le chemin fait semblant d’être une route.
Un âne… quelques chèvres, des parpaings.

Puis la route se civilise, la circulation s’intensifie,
les voitures restent déglinguées.
Des drapeaux palestiniens, des drapeaux verts,
beaucoup d’hommes.
Pour le moment, une seule femme. Niqab.

Mais voici le marché. Cela grouille.
Des étals remplis (ah ! les régimes de bananes !)
Ici, des poulets rôtissent,
là, on vend des ordinateurs, des micro-ondes et des machines à laver
des robes, des tongs, des ballons de plage.
Une nuée de filles voilées de blanc sort de l’école.
Une peinture au mur : Free Gaza.
La rumeur de la ville est agrémentée de klaxons polis.

Nous sommes au port.
Centaines de barques de pêcheurs.
Un mémorial (aux turcs de l’Amara ?)
Des vagues, là-bas, cherchent à voler au-dessus de la digue,
des blocs épars ailleurs (reste des destructions faites par les israéliens ?).

Le long de la côte cherche à être coquet :
beaux hôtels en construction, et vides.
Mais le quartier des ministères est en désolation :
les bombes israéliennes n’ont laissé que des moignons de béton
hérissés de plaques de ferraille qui crient vers le ciel.

Ailleurs, cela construit. L’université Al Azhar semble gigantesque,
le gazon est vert, les arbres alignés,
et les étudiants ressemblent à des étudiants.
Un panneau affiche : «  Gulf cooperation  »… c’est beau !

Nous croisons un « barbu », parmi des milliers d’hommes
alors que dans les boutiques, on vend des Pères Noël.
Peut-on se sentir libre ici ?


Visas

A l’évidence, le problème des visas et des permis de séjour est d’actualité.

Monseigneur Sabah, le Patriarche (émérite) de Jérusalem,
né à Nazareth, Palestinien, certes,
il ne possède qu’un visa de six mois pour habiter Jérusalem.
Comme tout le monde, il doit le renouveler à Jérusalem,
ce qui peut l’empêcher de voyager…
A vrai dire, sa situation s’est améliorée :
il n’y a pas longtemps encore,
son visa avait une validité de trois mois.


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