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Accueil > Actualité, agenda, événements > Archives, documents, reportages > Pour aller plus loin, écrits de Mgr Dubost > Cartes postales d’Irak

Cartes postales d’Irak


Mgr Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, et Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry, étaient en Irak jusqu’au 1er août pour marquer la solidarité des catholiques français.

Télécharger les cartes postales


Embrassades

Elle a une magnifique chevelure qui flotte, avec des reflets dorés.
Elle descend l’échelle de l’avion.
En bas l’attend une femme, cheveux relevés, presque rousse.
Gilet fluorescent orange.
Elles se jettent dans les bras l’une de l’autre et s’embrassent longuement.
Puis, la plus jeune prend les mains de sa mère
les porte à ses lèvres. A son front.
Nous sommes en Orient.

La brume de chaleur

Nous n’avons pas dormi de la nuit.
Certains d’entre nous ne savent pas où sont leurs bagages.
Une chose est certaine : ils ne sont pas avec nous.
Nous allons, dans quelques instants, nous poser à Erbil.
Le jour se lève.
Le sol est ocre et se devine à travers une brume de chaleur
qui estompe les couleurs. Mais pas les reliefs.
Le désert de pierre. La vallée découpée où coule une rivière.
Une hamada, parsemée de quelques villages.
L’avion atterrit. Il roule. Il arrive en bout de piste.
Et se retourne.
A quelques centaines de mètres, une ville !
Et, dans la première lumière, se découpent des dizaines de tours
Comme si la fraîcheur de la nuit
avait fait surgir un élan vers le ciel.

Le contrôleur

Puisque nous étions sortis de la zone internationale
et qu’il fallait y entrer de nouveau,
nous devions repasser encore une fois le sas de contrôle,
enlever sa ceinture, enlever sa veste,
sortir les liquides de la trousse de toilette.
Le contrôleur fait signe de se mettre sur le côté,
prend le crayon feutre déposé dans le bac,
appelle un copain, écrit quelques mots
et lui montre la gomme au bout du feutre.
Cela peut s’effacer. Il rit.

Wi Fi

Le consul est venu nous attendre.
Il s’était déjà levé la nuit pour l’avion raté.
Il est là, au petit matin.
Il nous prend dans sa voiture et nous conduit au séminaire.
Lorsque l’on arrive, on ne sait jamais ce que l’on va trouver
et ce que l’on trouve, c’est une vaste chambre climatisée,
une douche opérationnelle. La Wi Fi…
Ici, une balle, à travers la vitre blindée est venue se planter dans le béton du mur
Probablement un « reste » de fête !
Dans la salle à manger quatre évêques se relaient pour nous soigner.
S’il fallait ne recommander qu’une chose, je recommanderais le miel sauvage.

Chrétiens

Évidemment, l’on questionne beaucoup nos interlocuteurs
en circulant au milieu des voitures propres, modernes et asiatiques.
Oui, Erbil doit atteindre 2 millions d’habitants, Bagdad 5.
Les Irakiens doivent être 30 millions,
mais toujours la même remarque :
il y a eu beaucoup de mouvements de population
il n’y a pas de recensement…
Nos chiffres ne valent pas grand’chose.
Il fut un temps où les chiites représentaient 50 % de la population,
les sunnites 45 % ;
Les chrétiens ne seraient plus aujourd’hui que 3%
« mais les chiffres… », nous disent nos interlocuteurs.

Une salle paroissiale

La salle est vaste. Plafond moderne pour éviter qu’elle ne soit trop sonore
éclairage, car les rideaux sont fermés pour éviter la chaleur
Climatisation.
Le long des murs, se faisant face, deux rangées et quarante personnes.
Elles attendent.
Au fond du rectangle, une table où des officiels présentent un dossier,
à ceux qui viennent à leur tour leur faire vis-à-vis.

Un silence, traversé de murmures, se brise à notre arrivée.
Nous disons bonjour.
Toutes ces personnes viennent de Mossoul.
Une femme pleure.
J’essaie de comprendre.
Elle dit vivre un moment terrible. Elle a tout laissé
même la statue de la Vierge qui trônait dans sa famille
et qui a été cassée en mille morceaux.

La conversation s’organise.
Une femme, professeur de chimie, explique son calvaire.
A Mossoul, elle vivait avec sa mère et sa sœur dans une grande maison.
Des amis lui ont dit de fuir.
Les rebelles sont particulièrement féroces avec les femmes
et, dans les meilleurs des cas, les obligent à les épouser.
Elle a fui, à Karakosch, puis à Erbil.
Elle aimerait venir en France.

Lui, en trois ans, a été chassé deux fois de chez lui.
Le mois dernier encore.
« L’armée ne nous a pas protégés ».
« L’armée… il n’y a plus d’armée »
« On en a marre ! »
« Je veux la sécurité pour moi et mes enfants »

« Ils nous ont tout pris ». « Ils nous ont fait les poches »
« Ils ont enlevé les boucles d’oreille des filles »
« Tout ça part en Syrie, car ils ne restent pas »
« Nous n’avons plus rien, plus rien »
« Ils parlaient arabe entre eux,
mais ils étaient habillés comme des Afghans.
« Ce n’étaient pas nos voisins,
mais nos voisins avaient trop peur. Ils n’ont rien dit ».

« Tous chrétiens. Tous de Mossoul ». Tous dans le « pas de futur ».
L’évêque et le Cardinal parlent. C’est beau.
Mais on sent que la sympathie de la France et du Pape, qu’ils expriment
agissent comme des mots qui, certes, adoucissent,
mais glissent quand même.

Le silence se refait.
Nous chantons un Notre-Père et un Je vous salue Marie.

D’autres réfugiés

L’évêque nous prévient :
Ce sont des cadres. Des personnes bien formées.
Il y a même un ancien instituteur.
Ils sont réunis, assis, dans une sorte de grande salle de sport.
Une cour intérieure sur laquelle, en mezzanine, s’ouvrent des salles de classe
Ils sont 250-300 ? Ils ont leur dossier jaune en main.
Je suis assis à côté du représentant du gouvernement kurde
et une femme, entourée d’un foulard clair et élégant
semble leur donner des consignes importantes.
Le micro ne marche pas.
Pendant qu’un orateur cherche à capter l’attention
des personnes viennent nous voir à la tribune.
Cette dame de 30-40 ans nous tend des radios :
ce sont celles de sa sœur à qui des « rebelles » ont cassé la jambe
(je lis le compte-rendu en anglais de l’hôpital d’Erbil).
Cela s’est passé le 17 juillet…
Cela s’est terminé parce que des voisins musulmans sont intervenus pour la sauver.
Elle est là, avec sa sœur. Sans rien.

Un autre me dit : « Ils nous ont tout pris »,
mais ils ne pouvaient pas prendre ma religion.
Je préfère tout quitter que quitter ma religion
Mais, lui, ajoute que ceux qui l’ont volé, ce sont ses voisins musulmans,
des gens qu’il connaissait.

La salle se remplit. Le bruit rend toute conversation inaudible.
Le micro fonctionne. Mais trop fort…
Une femme habillée d’une longue robe noire, petites fleurs violet foncé, s’avance.
Elle habite chez des proches. C’est tout petit. Tout petit.
Et elle n’est pas chez elle. Elle gêne.

Discours. Devoir de mémoire.
« Vous avez des droits ». « Vous restez des habitants de Mossoul »
« N’en perdez pas la mémoire ». « Espérez ». « Dieu vous accompagne ».
« Nous ne sommes qu’une Église, nous ne pouvons pas faire grand ’chose »

Nous remercions le gouvernement de la région kurde
et ceux qui nous accueillent.
Nous alertons le monde. Nous aidons un peu. Trop peu.

Messe

De l’extérieur, la cathédrale d’Erbil ressemble à une ziggourat.
Elle est plutôt classique.
Ce soir, elle est pleine.
Le curé m’a dit qu’elle offre mille places assises, ou presque.
Il y a des gens debout. Beaucoup.
Il fait chaud, malgré les ventilateurs.
Des dizaines de jeunes (de l’action catholique) font un service d’ordre efficace et discret.
Le curé me dira qu’ils sont cent cinquante à rendre les services qu’il leur demande.
L’évêque d’Erbil est là. Le curé d’Erbil est là.
Il y a des habitants d’Erbil.
Mais, ce soir, cette église est celle de Mossoul.
Il y a l’évêque de Mossoul,
le Patriarche qui est originaire de Mossoul,
l’évêque Syro-orthodoxe de Mossoul.
Nous sommes cinq européens. Un Cardinal. Le Patriarche.
Beaucoup de prêtres. Des rangées de religieuses.
Une assemblée composée uniquement d’adultes, ou presque.
Des personnes d’âge mûr. Des vieux,
relativement peu de jeunes.

La messe est célébrée en suivant le rite chaldéen.
Le Patriarche prêche, est applaudi.
Le Cardinal prend la parole à son tour.
Il annonce le jumelage de Lyon avec le diocèse de Mossoul.
Il embrasse avec solennité son évêque, Monseigneur Nona.
A la fin de la messe, on tend le micro à ceux qui veulent parler.
L’un parle de son entreprise, dont il a été chassé deux fois.
L’autre parle de ses relations avec les musulmans.
Le troisième affirme qu’il ne retournera plus à Mossoul.
Le Patriarche répond, reprend avec calme et douceur.
L’assemblée, visiblement, l’approuve avec ferveur
quand il appelle au pardon des offenses, au dialogue avec les musulmans,
à la fermeté dans la défense des droits, mais surtout au refus à la violence.

A la sortie, les gens demandent comment aller en France.
Il est impossible de se rendre à Bagdad, à l’ambassade.
Alors, où faire les papiers ?
Mais, on le sent bien, ce qu’ils veulent, ce n’est pas partir.
C’est trouver les moyens de rester.

Petit déjeuner

Messieurs Fabius et Cazeneuve ont publié un communiqué.
Ils se disent prêts à accueillir les chrétiens de Mossoul.
Le Patriarche est consterné :
« ils veulent favoriser un exode.
Ils veulent que nous partions d’ici.
Si les chrétiens partent et vont en Europe,
ils seront comme en prison là-bas. Plus inquiets qu’ici.
Ici, il y a des dangers. Mais on les assume ensemble. En famille.
Là-bas, la famille est éparpillée.
Et, ce que craignent le plus les gens de Mossoul,
c’est d’être séparés de leurs enfants.
Ils peuvent mourir de souci. »

Dans la voiture

Nous parlons du tombeau de Jonas.
Le 25 juin, EIIL a fait sauter le tombeau de Jonas à Mossoul.
Les journaux parlaient d’un site archéologique du VIIème siècle avant Jésus-Christ.

Les évêques chaldéens rapportent une rumeur.
Elle les fait rire… même s’ils ne savent pas ce qu’elle a de véridique :
en faisant sauter le tombeau
les djihadistes auraient mis au jour une vieille église ignorée.

Les évêques chaldéens parlent une langue proche de celle de la Bible.
Comme la plupart des spécialistes, ils pensent que Jonas n’a jamais existé.
C’est une invention de prophète. Une invention géniale.
En hébreu, si vous lisez les lettres dans un sens, vous lisez Jonas ;
si vous les lisez dans le sens inverse, vous lisez Ninive,
et, si vous mettez les lettres dans le désordre, vous obtenez poisson.

Et c’est le poisson qui remet Ninive et Jonas dans l’ordre.
Génial ?

Vers Karakosh

Sortir d’Erbil donne une mauvaise idée de la route.
Car après quelques difficulté, nous roulons sur une quatre voies de plaine.
Le chaume des champs autour en laisse entrevoir une certaine richesse
et, sans être rutilant, le pays ne fait pas pauvre.
Ici, un entrepôt de Toyota.
Là, des engins de terrassement en batterie (Daewo).
Ailleurs, sur un fond de torchère
des camions-citernes attendent leur essence.
Nous traversons un affluent du Tigre, le Daz.
Quelques enfants s’y baignent.
Il y a cent ans, le pays était agricole, comme presque tous les pays.
Aujourd’hui, simplement 20 % des Irakiens vivent à la campagne.
On me dit que les cultivateurs chrétiens du nord sont partis à Bagdad.
Leurs enfants pourraient rentrer dans leur contrée d’origine
mais ils sont devenus des urbains et ne savent plus cultiver.

Un check point.
Des militaires, portant l’uniforme irakien avec le badge « Kurdistan army ».
Le drapeau irakien s’enrichit d’u soleil
et notre convoi s’enrichit de trois pick up
dont une armée de mitrailleuse.

Nous quittons la province officiellement kurde
et nous entrons dans un territoire de facto protégé par les Kurdes.
Deux autres check points,
et nous entrons dans une bourgade : Komlesh.
Un camp de réfugiés.
« Ce sont des sunnites », disent nos interlocuteurs.
« Leur village a été bombardé par le Premier Ministre ».
Deux hommes, en civil et kalachnikov, nous laissent passer.
Une statue d’une Vierge revêtue de blanc
au milieu d’une construction en troncs d’arbre et ciment,
semble, elle aussi, monter la garde.

Mais il paraît que le village est dédié à sainte Barbe.

La rencontre de Karakosh

Nous rencontrons les gens du village et les réfugiés de Mossoul à l’église.
Petite église pleine.
Le scénario se répète : quelques mots d’accueil, des chants.
Le curé rapporte tous les efforts des locaux pour accueillir les réfugiés.
Le Patriarche parle :
« l’Eglise fait ce qu’elle peut. Elle n’a pas les moyens d’un Etat.
Mais nous avons sollicité de gouvernement du Kurdistan, .
vous allez être aidés. Nous vous demandons de la patience.
Il faut nous organiser.
Vous vivez les douleurs de l’enfantement.
Les chrétiens doivent accepter de passer par la porte étroite.
Le poisson qui a avalé Jonas l’a libéré.
Et vous rentrerez chez vous.
Nous, chrétiens, nous avons décidé d’être pacifiques et de vivre l’espérance.
Le Pape m’a téléphoné il y a quatre jours.
Il m’a dit de vous dire : ne désespérez pas, soyez forts.
Et, de fait, le monde entier est avec nous.
Il y a beaucoup de solidarité des chrétiens de partout.
Les Etats parlent, mais il n’y a pas de solution magique.
On vous promet certaines choses, mais votre pays, c’est ici.
Le choix est vôtre. Vous êtes libres.
Nous ne nous opposerons pas à ceux qui veulent partir,
mais nous pensons qu’il faut rester ensemble.
Les choses peuvent s’améliorer. »

Le Cardinal Barbarin s’avance. Fait venir les enfants au premier rang.
Des enfants comme aux ailleurs, aux t.shirts les plus inventifs.
Quelques-uns avec un chapelet comme collier.
Le Cardinal commente la parole du Christ : « La paix soit avec vous ».
Il rappelle le jumelage de Lyon avec Mossoul
Et les manifestations dans la France pour l’Irak.

Les gens écoutent. Que pensent-ils ?
Une femme se nettoie les ongles au premier rang,
mais elle écoute. Là-bas, un homme pleure.

A la sortie, on ne m’interroge pas sur la possibilité de venir en France.

Nationalisme

Le mot Irak vient d’un mot multimillénaire… Uruk.
Mais l’Irak a été fondé en 1921. Par les Anglais.
Du temps de Saddam Hussein, l’Irak existait dans les faits
Et les gens se disaient irakiens.
Aujourd’hui, ils se disent d’abord chiites, sunnites, chaldéens, « Syriens », kurdes.
Certains se pensent encore un peu irakiens (sauf les kurdes).
Un gouvernement d’union nationale est-il encore possible ?
Une fédération est-elle envisageable ?
Les chancelleries le disent…

Pourquoi ?

Il est certain que les chrétiens d’Irak ont souffert quelquefois dramatiquement.
Incontestablement, ils sont les victimes collatérales du conflit sunnites-chiites.
Il n’y a, apparemment, aucun plan d’extermination des chrétiens
et, aux endroits où ils ont été le plus persécutés, il n’y a pas eu de morts
alors qu’il y a eu de nombreux morts musulmans.

Ils ont été menacés. C’est certain.
Ils ont quitté Mossoul sous la contrainte, c’est évident. Et c’est terrible.
Ils ont laissé à Mossoul leurs biens.
8000, dit-on, n’ont plus rien pour vivre.
3000 ont été, de plus, dépouillés de leurs terres, de leur argent, de leurs bijoux,
voire de leurs vêtements.

Mais, à ce que l’on sait, ils n’ont pas été victimes d’exactions sexuelles
et leurs filles n’ont pas été obligées d’épouser leurs vainqueurs
comme cela est arrivé chez les musulmans.

A entendre leurs récits, les musulmans qui les ont agressés
ne sont pas, pour la quasi-totalité d’entre eux, des habitants de Mossoul.
Certes, leurs voisins n’ont pas toujours réagi quand ils sont partis
mais quelques-uns les ont défendus.
Et restent en contact téléphonique avec eux.
Il arrive qu’ils protègent leurs maisons.

Il est vrai que les écoles chrétiennes sont ouvertes aux musulmans
et beaucoup s’en souviennent.
Certains même pensent que les chrétiens ont un rôle à jouer contre la violence.

Alors, pourquoi certains racontent-ils n’importe quoi ?

Karakosh

Les cartes disent aussi : Bakhdida.
C’est une ville largement syro-catholique
(catholiques de langue syriaque et de spiritualité issue, dit-on, du nestorianisme).
Mais ce que l’on voit en arrivant c’est une mosquée au minaret très haut et effilé.
Nous entrons en ville, précédés de notre escorte militaire.
Nous sommes arrêtés par une foule importante.
militaires. Dignitaires. Clergé en aube et étole. Encens.
Porte-cannes surmonté d’un cercle entouré de clochettes qui sonnent à chaque pas
et semblent réveiller le séraphin qui s’y trouve.

Youyous. Applaudissements. Gardes du corps pour nous protéger de la foule.
Un triomphe sur 300 mètres.
Entrée solennelle dans l’Eglise, la plus grande du Moyen-Orient.
Un prêtre au profil d’empereur assyrien met de l’ordre.
Silence.
Chant de foule… fort comme un Credo d’autrefois.
Proclamation de vie… peut-être encore plus que de foi explicite.
Accueil. Encens. Chant choral des Béatitudes. Une Sœur lit du Vatican II.

Les enfants n’ont pas pu rentrer.
Ils apparaissent aux fenêtres du haut
comme s’ils étaient montés sur le toit.
Ils font bonjour de la main…
Deux portent un maillot de l’équipe de France
(Le 7. Ronaldo).

Mon esprit revient à la chorale,
à l’évêque syro-catholique qui parle.
Le son est mauvais. Il parle.
Un jeune arbore un t.shirt, juste devant moi :
« Look outside of the box ».

Le Cardinal Barbarin parle.
Solidarité de l’Eglise de France, échos des manifestations de Notre-Dame de Paris.
« Nous sommes, ensemble, des Nazaréens.
(A Mossoul, la maison des chrétiens a été désignée par le « h » de Nazaréen – à la craie).
Mossoul vivra et vous retournerez à Mossoul.
Depuis 1800, ce sont les premiers dimanches sans messe à Mossoul.
Mais Mossoul vivra.
J’essaie d’apprendre le Notre-Père dans la langue des pays où je passe.
Et nous prierons ensemble tout à l’heure. »

La chorale chante en syriaque : « Vous êtes le sel de la terre,
Vous êtes la lumière du monde. »

Le Patriarche prend la parole à son tour :
« La visite des Français approfondit notre regard,
nous fait regarder au-delà de nos peurs,
nous fortifie.
Il nous faut être fiers de cette région. Mon père a été obligé d’immigrer trois fois,
Mais nous sommes là. Nous resterons. Nous continuerons à vivre notre foi.
Nous ne sommes pas faibles. Le Pape François m’a dit : « raccrochez-vous à votre foi ».
N’ayez pas la mentalité de la fuite. Nous ne sommes esclaves de personne.
Nous sommes d’ici.
Suivez vos évêques. Vivez dans l’unité.
Une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous.
L’Eglise est avec vous. Nous ne pouvons pas faire de miracle.
D’ailleurs, la solution doit être politique. Elle passe par un gouvernement d’union nationale.
Nous sommes chrétiens. Nous devons le rester.
Nous ne pouvons pas faire de milice chrétienne.
La force du Christ est ailleurs que dans les armes.
Mais se défendre est un droit, et vous avez le droit de vous organiser et de vous défendre.
Il nous faut être solidaires.
Nous avons des relations avec les gouvernements pour nous aider.
Et le ministère de l’immigration (Kurde) va débloquer des fonds.
L’Eglise fait ce qu’elle peut.
On fera tout pour recevoir vos enfants dans nos écoles.
On pourra s’organiser pour suppléer s’il y a un problème.
Patience. Solidarité. Espérance. »

Les chants reprennent.
Comme d’habitude, des gens posent des questions après la bénédiction.
Les uns parlent des personnes déplacées, sans travail.
Un autre propose d’armer les jeunes.
D’autres parlent de ceux qui ne sont pas fonctionnaires.
Le dernier dont je comprenne quelque chose parle de l’absence totale de papiers des réfugiés. « Ils ont tout pris ».
Le Patriarche affirme qu’il y a probablement des doubles.

Nous nous extrayons de la foule pour participer à un repas.
Beaucoup de clergé. Un général. Deux colonels.
Puis, nous filons prendre le café chez des Dominicaines.
Elles sont en conseil.
Et veulent construire un nouveau bâtiment pour les 4 millions de dollars.
Leur monastère semble pourtant grand.
Mais elles pensent qu’elles doivent s’équiper pour accueillir…
Leill est à moins de cinq kilomètres !

Numérisation

Le Père Najeeb Michaeel est Dominicain.
Il est (était ?) Supérieur de la communauté de Mossoul.
Avec une dizaine de collaborateurs, il a numérisé 8000 manuscrits,
si j’ai bien compris, syriaques et chaldéens.
Trois mille de ces manuscrits sont en danger à cause de l’EIIL
mais beaucoup ont été « tués » par leurs protecteurs :
pour les cacher de Saddam Hussein, ils ont été enfouis
mais dans de mauvaises conditions.
Lorsqu’on a été les rechercher, ils se sont transformés en poudre.

Le Père parle de ses manuscrits comme de personnes vivantes
qui portent en elles la vie de nos prédécesseurs.
Il distingue, il rapproche, il jongle avec les auteurs, les poètes, les théologiens.
Il aime.

Mala Barwan

C’est un petit village à quelques centaines de mètres de la grand’route.
Il a été fondé en 2003 pour accueillir 90 familles de Mossoul.
Depuis, juin, 25 familles nouvelles sont arrivées.
Quatre familles (27 personnes) logent dans une salle de classe climatisée.

Les matelas de mousse s’entassent dans un coin.
Un père veille son enfant malade dans l’autre.
Une jeune femme explique :
on leur a téléphoné de partir. Et puis, on est venu les prévenir.
Ils sont partis en fin de nuit.
A l’heure du repas le matin, avant que ne commence le jeûne du ramadan
La famille a pu sortir de la ville avec voiture, bagages et argent.
Tous les autres membres de la grande famille se sont fait complètement dépouiller.

Dans le village, il y a une « usine » qui met de l’eau en bouteille de la grandeur d’une tasse,
et rien d’autre.
La classe va reprendre…
Où loger ? Quoi faire ?
L’un des interlocuteurs pense à mettre des tomates en conserve
mais il faut de l’argent pour construire quelques maisons et investir.

Séminaire

Le séminaire des chaldéens en Irak se trouve à Erbil.
Le portail d’entrée est surmonté d’une sorte de clocher
qui ressemble à une construction de Lego,
même si les couleurs ocre et vieux rouge sont discrètes.
La bâtisse s’élève au-dessus d’un perron de 18 marches en deux volées,
ocre, belle, digne.
A gauche, une chapelle à deux clochers
dont le centre est comme évidé d’un carré qui laisse voir le ciel. Bleu.
Une fontaine avec deux rangées de jets puissants
et, au centre, une vingtaine de plus petits jets.
Malgré la chaleur, une impression de fraîcheur. Bleue.
Le séminaire est entouré d’un mur en briques.
Il se situe dans une friche en voie d’aménagement.
Petites maisons jointes les unes aux autres,
une « petite » tour dont il n’y a encore que la carcasse,
fossé dans lequel on va sans doute placer des égouts.
Pour le moment, un univers sec, sale et plat.

La route

Nous allons à Alqosh. C’est loin (deux heures de route).
Au départ, nous roulons dans une plaine plate, aux chaumes secs et dorés.
Puis, le terrain se vallonne et peut faire penser à la Toscane l’été.
(sans cyprés)
La sortie d’Erbil est toujours difficile.
La raison est, sans doute, la construction du périphérique,
sous les ponts duquel nous passons dans des cheminements hasardeux.
Ici, un Business Women Center,
là, une réclame de Coca Cola,
des Toyota.
Au check point, des soldats en passe-montagne (43 degrés).
Petites villes. Au loin, une torchère
un statue de peshmerga « soldat qui se bat jusqu’à la mort ».
Le Kurdistan (la province autonome) semble organisé comme un État.
Il a son armée, son drapeau, ses règles,
son parti, dont le sigle PDK est souvent présent. Discrètement.
Ici, tout semble propre et en paix.
Évidemment, nous discutons.
En Irak, se trouvent d’autres Églises.
L’Eglise assyrienne nestorienne
qui s’est divisée en deux :
une partie (20 %) demeure en Irak,
mais elle semble en grande difficulté
et est marquée par le tribalisme.
Une autre partie de trouve aux U. S. A.
Elle est riche de 200 000 fidèles (80 % de l’ensemble).
Son histoire a été marquée par la signature, avec Paul VI,
d’un acte de reconnaissance de l’Eglise catholique.
Les « Nestoriens » de cette Eglise disent de la Vierge qu’elle est mère du Christ
mais acceptent que l’on puisse dire « Mère de Dieu ».
Le Patriarche qui a signé cet accord n’a pas été suivi
et son successeur, allié à un évêque chaldéen
et en quasi sécession avec Rome… et Bagdad.

Un petit mausolée blanc, avec une allure de presse-citron
donne l’occasion d’évoquer les Yézidi
que certains, mal intentionnés, ont décrit comme adorateurs du diable,
mais qui sont, en réalité, assez proches des Zoroastriens
qui eux aussi, ont des communautés en Irak.

Nahum

Au VIII ème siècle avant Jésus Christ, des juifs se sont établis en Irak.
Fuyant une persécution.
Ils venaient d’Alqosh en Palestine Et transportèrent leur synagogue.
Pour faire plus vrai, ils bâtissent un cénotaphe à Nahum « d’Alqosh. »
Et les générations d’Irakiens ont cru que Nahum est enterré là.

La synagogue est en ruine
recouvert encore d’un voile qui avait dû être du velours dont
le cénotaphe est impressionnant.
Ce site est un lieu possible de rassemblement de croyants.

Notre Dame des semences

Le village de Bendonia se trouve sur les terres de Notre Dame des Semences.
Il appartient au monastère d’Alqosh.
Devant la petite église, deux énormes tas de grains de blé.
L’église est lumineuse, les gens peu nombreux.
En fait, 24 familles se retrouvent là.
Elles ont reçu quelques jours 40 familles chiites fuyant Mossoul.
Et quelques familles sunnites…
(1 million d’habitants avaient quitté Mossoul et y sont retournés)
Les non chrétiens sont pratiquement tous repartis.
Mais aucun n’est reparti à Mossoul.
Les chiites sont venues chercher les leurs et les ont emmenées en car.
La question revient…quel avenir ?

Alqosh

ALQOSH est chrétienne. Depuis toujours.
Chaldéenne.
C’est une bourgade de montagne. Le climat est rude.
Il fait 40°, peut-être 47
Les caractères sont rudes. En tout cas c’est leur réputation.
Certains disent qu’ils parlent et ne s’organisent pas.
C’est presque ce que j’ai compris du Patriarche
Venu il y a deux mois pour proposer de l’aide
Sans que rien ne se mette en place pour la recevoir.
En tout cas aujourd’hui son discours est plus carré.
Les Nations Unis parlent de ce qui nous est arrivé
Comme un crime contre l’humanité.
La liberté n’est pas un bien négociable
Mais nous devons travailler au bien de ce pays avec ceux qui sont bons.
N’oublions pas que beaucoup de musulmans ont souffert eux aussi.
Les choses ne peuvent pas aller vite
Nous vivons avec vous, nous mourons avec vous.
Le Cardinal parle de l’Eglise de France.
Apprend que les gens pourront revenir à Mossoul !
Une femme (Shourak ?) qu’on me dit être l’Angéla Merkel du pays,
Parlementaire musulmane, dit : vous avez le droit d’exiger du Parlement.
Nous sommes à votre service.
Nous musulmans, nous avons besoin de vous (elle est chiite).
Les prises de parole des gens fusent
Dures.

Des Alqoshiens refusent de vendre du terrain aux non alquoshiens
Ils accueillent. Mais ils veulent rester maître chez eux
Visiblement, il y a un débat.
Un père raconte comment on lui a pris son fils
En le menaçant de le tuer si lui, le père ne donnait pas tout ce qu’il avait
Et le père de nous expliquer comment il avait arraché son fils
Mais tout donné.
Je remercie l’Eglise qui nous accueille.
Je ne suis plus rien. Je n’ai pas de travail. Je ne veux pas mendier
Je veux travailler.
Je n’ai plus d’espoir ? Je veux partir.
(A cela le Patriarche répond : vous êtes libre)
C’est l’Eglise qui avec ces divisions entre chrétiens divisent le Peuple
Et le livre aux occidentaux.
(mon voisin me dit que c’est un communiste qui parle)
Il faudrait une région chrétienne.
(le Patriarche répond non, ce n’est pas possible…. il faut vivre ensemble)
Alliance

Au check point : donne-moi tes bijoux. Ton argent.
Ton alliance.
Je ne veux pas l’ôter.
Je vais te l’ôter dit l’homme en sortant un grand couteau.

Kirkouk

Même si Kirkouk n’est pas le même gouvernorat qu’Erbil
Même si les kurdes y sont minoritaires
Les kurdes en ont pris la responsabilité…
Et le pétrole est entre leur main.
Alors que légalement, l’État Irakien en reste propriétaire.
En entrant dans la ville on voit une torchère presqu’au sol.
Le feu qui brule depuis toujours.
Le feu de l’enfer ajoute d’autres.
Un peu plus loin dans cette ville clairement à majorité musulmane
Sur une maison une faucille et un marteau rouge vif
Et bientôt la cathédrale.

Peu de chants.

Le Patriarche est l’ancien Eveque de Kirkouk.
Il est connu pour avoir permis de se parler entre eux
Aux différents groupes ethniques et religieux
Et visiblement, le premier rang de la cathédrale est occupé par des notables.
Deux députés (un maire) le maire adjoint…

Le patriarche parle. Il est quelquefois coupé par des applaudissements
La foule l’encourage.
Tout le monde a le droit de vivre. Et nous devons vivre ensemble.
Nous sommes frères et nous devons vivre notre fraternité
Les problèmes que nous avons sont des problèmes politiques.
Il faut des solutions politiques et un gouvernement d’union nationale
Les drames…ça suffit.
Il y des gens qui font le mal
Mais nous ne devons jamais accepter que le mal passe par nos mains.
Il faut que les musulmans protègent les chrétiens
Que les chrétiens protègent les musulmans
Nous ne devons pas avoir peur.
Nous avons vécu 14 siècles ensemble.
Une fraction ne peut pas faire disparaître une autre fraction

Le Cardinal dit le Notre Père en araméen
Et s’engage à le dire tous les jours jusqu’à la libération de Mossoul.
Il commente le Christ donnant la paix
Et le texte d’Isaïe : consolez, consolez mon peuple.
Puis à nouveau les prises de parole.
Un député musulman : en recevant les personnes de Mossoul
Ils n’ont pas reçus les déplacés comme des déplacés mais comme des parents
Il ajoute : les chrétiens d’Alqosh ont reçus des musulmans.
J’ai été voir des familles musulmanes dans une école
Ce sont les chrétiens qui spontanément leur apportent à manger
Et même ils leur demandent : qu’aimeriez-vous manger ?
Une femme se lève : nous étions frères avec les musulmans
Nous sommes irakiens, nous sommes disciples de Jésus, disciples de la paix
Pourquoi certains ne nous acceptent-ils pas ?
Mon mari a eu un infarctus. Je n’ai été aidée que par l’Eglise
Pourquoi dois-je aller ailleurs ?
Les chrétiens aident les musulmans mais pas l’inverse.

-  Non dit quelqu’un en citant un médecin musulman
Mort pour avoir essayé de défendre des chrétiens
-  Il faut protéger nos enfants.
-  Nous avons souffert, mais les musulmans aussi ont souffert dix fois plus.
Il n’y a pas eu de mort. Nous sommes sains et saufs.
-  Nous sommes chrétiens et musulmans partenaires à jamais
Cette attaque a été sauvage.
-  Nous devons nous unir et nous battre ensemble
L’Eill détestent les minoritaires - le mot est affreux - (nous sommes partenaire)
Si nous nous séparons, ils nous supprimeront un par un
Toutes les religions respectent la maison de Dieu.
Nous avons été éduqués comme cela.
Il ne faut pas que les chrétiens s’en aillent.
Tout le monde serait victime.

Brouhaha de sortie. Le Patriarche embrasse beaucoup de personnes.
Sentiment d’une paternité qui s’exprime.
On n’en finit pas de se quitter.

Information pour les dons récoltés en faveur de l’Oeuvre d’Orient et le Secours catholique pour les chrétiens d’Irak à l’occasion du 15 août.

Les dons sont à envoyer aux adresses suivantes :

OEUVRE D’ORIENT
- Par internet : , écrire « 14 CEF » dans la case commentaires
- Par chèque : envoyer un chèque libellé à l’ordre de « l’Œuvre d’Orient, 14CEF » et envoyé à notre adresse : « à l’attention de Mme Dagher, l’Œuvre d’Orient, 20 rue du Regard 75006 Paris »
- Par virement bancaire : voir ci-dessous
Envoyer en parallèle un mail à ddadgher@oeuvre-orient.fr signalant le virement et l’affectation 14 CEF, pour la bonne affectation du virement.
Coordonnées bancaires :
Banque : BNP Paribas
Titulaire du compte : Œuvre d’Orient
N° de compte :
IBAN : FR76 3000 4002 7400 0102 3633 258
BIC/ SWIFT : BNPAFRPPPAA

SECOURS CATHOLIQUE
-  Par internet
- Par chèque : envoyer un chèque libellé à l’ordre "Secours catholique" et l’envoyer à l’adresse suivante Secours catholique BP 455, 75327 Paris Cedex 07. Joindre un mot indiquant la référence suivante : "Urgence Proche-Orient chrétiens d’Irak code action : IU 007"

Teaser de l’Aumônerie de l’Enseignement Public
La Croix